Talk Radio, Oliver Stone (1988)

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Barry Champlain (Eric Bogosian, magistral) anime une émission de radio nocturne, au Texas. Juif, provocateur et trop malin pour son propre bien, il est la cible d’une véritable campagne de haine. Barry pourrait être un de ces nombreux animateurs démagogues qui disent tout haut ce que les abrutis (assez malins pour la fermer) pensent tout bas, qui brossent l’auditeur dans le sens du poil, mais non, il préfère renvoyer l’Amérique à ses contradictions les plus flagrantes. Mais quand on joue avec le feu, on prend le risque de se brûler…

Talk Radio est un des films les moins connus d’Oliver Stone et pourtant c’est un sacré bon film, moins grandiloquent que la plupart des autres œuvres du réalisateur, mais pas moins ambitieux. On y retrouve cette Amérique éduquée qui a honte de ses bouseux microcéphales, de ses racistes, de ses grenouilles de bénitier à l’esprit étroit et autre antisémites. Si le film est bon, on reconnaîtra tout de même qu’il rappelle fortement Lenny de Bob Fosse ; Barry Champlain (né Gold) entretenant trop de points communs avec Lenny Bruce pour que cela passe totalement inaperçu.

Les seconds rôles sont très bons, et (le sous-estimé) Michael Wincott en clone de Steve Tyler est totalement hallucinant (vidéo ci-dessous). John C. McIngley cet acteur qu’on connaît tous sans jamais être capable de retenir son nom, est aussi très bien.

Je conseille.

Snowden – Oliver Stone

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Edward Snowden, jeune américain fou d’ordinateurs, patriote volontiers conservateur, cherche à intégrer le renseignement américain après s’être salement fracturé la jambe chez les Rangers. Là, très vite, il monte les échelons, jusqu’à découvrir que la NSA espionne des millions d’Américains. La suite on la connaît, Snowden rend public ce fait en fournissant à divers médias des tonnes d’informations qu’ils s’engagent à caviarder mais qui prouvent bien qu’il dit la vérité. De Hong Kong, il essaye de rejoindre l’Amérique Latine, mais est cloué au sol à Moscou, où il obtient le statut de réfugié. Ironie suprême, le champion de la transparence en matière de renseignement se voit protégé par Vladimir Poutine, le champion du renseignement boueux.

Malgré que l’histoire soit connue, malgré une durée assez conséquente, plus de deux heures, le film d’Oliver Stone se regarde avec grand intérêt de bout en bout. Snowden est loin d’être un gauchiste idéaliste perdu à la NSA, mais l’influence de sa petite amie et son indignation vont sculpter sa prise de conscience politique. Là où le film est très malin, c’est que Oliver Stone nous montre bien que l’indignation principale de Snowden vient du fait qu’on espionne des Américains innocents. Il est conscient que les outils informatiques qu’il conçoit ne servent pas uniquement à lutter contre le terrorisme, mais ça ne l’empêche pas de rempiler, par contre la ligne rouge c’est la surveillance dans la sphère privée d’Américains qui n’ont aucun lien avec le terrorisme.

Autre ironie de l’histoire, Snowden est en quelque sorte le remake du classique de John Schlesinger Le jeu du faucon. L’époque a changé, les outils ont changé, et ce qu’ils permettent n’est rien moins que vertigineux.

Il serait sans doute intéressant de comparer les deux films.

Si je dois trouver un défaut à Snowden, je dirais que c’est un film assez « mou », la réalisation d’Oliver Stone n’a jamais été aussi nonchalante, m’a-t-il semblé. Il se concentre sur le fond, tant mieux, mais la forme n’est pas très intéressante, à une ou deux scènes près. Le film repose sur l’interprétation de Joseph Gordon-Levitt et de tout un tas de seconds rôles plus impressionnants les uns que les autres (dont Rhys Ifans, à contre-emploi, totalement hallucinant – à aucun moment, je ne l’ai reconnu). Oliver Stone est joueur, ce dont on se doutait depuis longtemps, et Snowden entretient des liens avec plusieurs de ses films précédentes : JFK, Platoon, W, World Trade Center... etc. Il continue d’explorer avec son prisme gauchi la géopolitique américaine depuis l’assassinat de JFK et réussit à donner une certaine cohérence à l’ensemble.

Très intéressant ; plutôt réussi.