JFK (director’s cut), Oliver Stone (1991)


« On ne saura jamais la vérité. Car elle est trop terrible, trop explosive ; c’est un secret d’État. Ils feront tout pour la cacher ; c’est un devoir d’État. Sinon, il n’y aurait plus d’États-Unis. » Propos du Président de Gaulle, rapportés par Alain Peyrefitte.

Découvrant que l’assassin présumé de John Fitzgerald Kennedy, Lee Harvey Oswald (Gary Oldman), a eu des activités politiques étranges à la Nouvelle Orléans peu avant le meurtre, ville dont il est le procureur élu, Jim Garrison (Kevin Costner) commence une enquête qui va lever le voile sur un vaste complot dans lequel sont impliqués la CIA, la police de Dallas, the Secret Service, la mafia, des réfugiés cubains et l’omnipotent complexe militaro-industriel. Voire même peut-être le nouveau président, Lyndon B. Johnson.

J’ai toujours été fasciné par le meurtre de John Fitzgerald Kennedy. Je ne suis pas un fan d’Histoire (contrairement à mon père), mais cette histoire-là est tout bonnement incroyable. J’ai des dizaines de bouquins sur l’affaire, certains très sérieux, d’autres nettement plus douteux. J’ai même écrit une nouvelle sur le sujet (avec des extraterrestres dedans, sinon c’est tout de suite moins rigolo).

Quand le film est sorti, je me suis rué au cinéma pour le voir et j’ai été totalement ébloui par le jeu des acteurs, la mise en scène énergique, le fond, la forme, le soin apporté aux détails. C’est un très grand film. Quand il est sorti en DVD, je l’ai tout de suite acquis (En zone 1, je ne me souviens plus pourquoi) et j’ai fait à l’époque pas mal de fact-checking, de recoupements, de recherches.

Maintenant que je le revois avec les yeux d’un quinquagénaire, je suis sans doute un peu moins impressionné, car Oliver Stone s’est un tantinet laissé emporter par son obsession pour la guerre du Viêt-nam. Mais le film reste exceptionnel, quasiment chaque acteur a son morceau de bravoure : Kevin Bacon, en prostitué prisonnier du pénitencier d’Angola, Joe Pesci dans son incroyable crise de paranoïa (fictive, il semblerait que ce soit un ajout pour le film, d’ailleurs la scène est étrangement scorsesienne, ceci explique peut-être cela), Tommy Lee Jones (premier interrogatoire du dimanche de Pâques) et évidemment Kevin Costner pour la plaidoirie finale.

Sans oublier le regretté Donald Sutherland.

J’ai acheté ce blu-ray director’s cut (3h17, quand même) dans un coffret (L’Atelier d’Images) qui contient : JFK, l’enquête (documentaire d’Oliver Stone), JFK, un destin trahi (série d’Oliver Stone, en quatre épisodes). Même si j’ai peur de faire une overdose, je suis assez impatient de voir ce qu’il y a « en plus ».


La scène la plus forte du film, quand le blanc devient noir et que le noir devient blanc.

Talk Radio, Oliver Stone (1988)

talkradio

Barry Champlain (Eric Bogosian, magistral) anime une émission de radio nocturne, au Texas. Juif, provocateur et trop malin pour son propre bien, il est la cible d’une véritable campagne de haine. Barry pourrait être un de ces nombreux animateurs démagogues qui disent tout haut ce que les abrutis (assez malins pour la fermer) pensent tout bas, qui brossent l’auditeur dans le sens du poil, mais non, il préfère renvoyer l’Amérique à ses contradictions les plus flagrantes. Mais quand on joue avec le feu, on prend le risque de se brûler…

Talk Radio est un des films les moins connus d’Oliver Stone et pourtant c’est un sacré bon film, moins grandiloquent que la plupart des autres œuvres du réalisateur, mais pas moins ambitieux. On y retrouve cette Amérique éduquée qui a honte de ses bouseux microcéphales, de ses racistes, de ses grenouilles de bénitier à l’esprit étroit et autre antisémites. Si le film est bon, on reconnaîtra tout de même qu’il rappelle fortement Lenny de Bob Fosse ; Barry Champlain (né Gold) entretenant trop de points communs avec Lenny Bruce pour que cela passe totalement inaperçu.

Les seconds rôles sont très bons, et (le sous-estimé) Michael Wincott en clone de Steve Tyler est totalement hallucinant (vidéo ci-dessous). John C. McIngley cet acteur qu’on connaît tous sans jamais être capable de retenir son nom, est aussi très bien.

Je conseille.

Snowden – Oliver Stone

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Edward Snowden, jeune américain fou d’ordinateurs, patriote volontiers conservateur, cherche à intégrer le renseignement américain après s’être salement fracturé la jambe chez les Rangers. Là, très vite, il monte les échelons, jusqu’à découvrir que la NSA espionne des millions d’Américains. La suite on la connaît, Snowden rend public ce fait en fournissant à divers médias des tonnes d’informations qu’ils s’engagent à caviarder mais qui prouvent bien qu’il dit la vérité. De Hong Kong, il essaye de rejoindre l’Amérique Latine, mais est cloué au sol à Moscou, où il obtient le statut de réfugié. Ironie suprême, le champion de la transparence en matière de renseignement se voit protégé par Vladimir Poutine, le champion du renseignement boueux.

Malgré que l’histoire soit connue, malgré une durée assez conséquente, plus de deux heures, le film d’Oliver Stone se regarde avec grand intérêt de bout en bout. Snowden est loin d’être un gauchiste idéaliste perdu à la NSA, mais l’influence de sa petite amie et son indignation vont sculpter sa prise de conscience politique. Là où le film est très malin, c’est que Oliver Stone nous montre bien que l’indignation principale de Snowden vient du fait qu’on espionne des Américains innocents. Il est conscient que les outils informatiques qu’il conçoit ne servent pas uniquement à lutter contre le terrorisme, mais ça ne l’empêche pas de rempiler, par contre la ligne rouge c’est la surveillance dans la sphère privée d’Américains qui n’ont aucun lien avec le terrorisme.

Autre ironie de l’histoire, Snowden est en quelque sorte le remake du classique de John Schlesinger Le jeu du faucon. L’époque a changé, les outils ont changé, et ce qu’ils permettent n’est rien moins que vertigineux.

Il serait sans doute intéressant de comparer les deux films.

Si je dois trouver un défaut à Snowden, je dirais que c’est un film assez « mou », la réalisation d’Oliver Stone n’a jamais été aussi nonchalante, m’a-t-il semblé. Il se concentre sur le fond, tant mieux, mais la forme n’est pas très intéressante, à une ou deux scènes près. Le film repose sur l’interprétation de Joseph Gordon-Levitt et de tout un tas de seconds rôles plus impressionnants les uns que les autres (dont Rhys Ifans, à contre-emploi, totalement hallucinant – à aucun moment, je ne l’ai reconnu). Oliver Stone est joueur, ce dont on se doutait depuis longtemps, et Snowden entretient des liens avec plusieurs de ses films précédentes : JFK, Platoon, W, World Trade Center... etc. Il continue d’explorer avec son prisme gauchi la géopolitique américaine depuis l’assassinat de JFK et réussit à donner une certaine cohérence à l’ensemble.

Très intéressant ; plutôt réussi.