The Take, Brad Furman (2007)

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Felix de la Peña (John Leguizamo) est un transporteur de fonds. Braqué, sa famille menacée, il fait entrer les braqueurs dans le siège de la société de transport et participe bien malgré lui à un carnage dont il est la dernière victime : une balle dans la tête.

Blessé au lobe frontal droit, Felix doit apprendre à revivre. Surtout que le FBI le soupçonne d’être impliqué dans le sanglant braquage. Va-t-il revivre pour les siens ou pour se venger ?

The Take est le premier long-métrage de Brad Furman le réalisateur de The Infiltrator. Les amateurs de films d’action seront déçus, sans doute, tant le film se concentre sur ce qui arrive à un homme qui a pris une balle dans la tête, sur le plan intime, médical, fonctionnel. Le couple formé par John Leguizamo et Rosie Perez est très convaincant, dans sa complicité, face aux difficultés et même dans son intimité (que le réalisateur nous fait partager de façon assez dérangeante).

John Leguizamo,  moins fou-fou que d’habitude est épatant. Tout comme Bobby Cannavale qui joue l’agent du FBI chargé de l’enquête. The take, qui va au bout de son ambition morale, m’a beaucoup plus pour son réalisme quasi-documentaire et son refus catégorique du sensationnel.

The Infiltrator, Brad Furman (2016)

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Robert Mazur (Bryan Cranston) ancien comptable devenu policier, infiltre le cartel de Medellin sous couvert de blanchir leur argent, des millions des dollars. Alors que les sommes ne cessent d’augmenter et que l’enquête avance, Robert se trouve piégé dans sa couverture et doit s’inventer une fiancée. La police lui fournit alors une « pucelle », une flic qui n’a jamais travaillé sous couverture : Kathy Hertz (Diane Kruger).

The Infiltrator est un drôle de film. D’un côté, il joue le pari du réalisme, ici pas de fusillades improbables, pas de courses-poursuites mises en scène par un clone de William Friedkin et, d’un autre côté, il ne respecte pas la réalité historique. Je pense évidemment aux scènes avec Barry Seal (actuellement incarné au cinéma par Tom Cruise, dans un film éponyme qui semble être une comédie ; quand on connaît la vie de Barry Seal : chapeau !). Pour en revenir à The Infiltrator, ce choix scénaristique semble bien étrange étant donné le côté invraisemblable de cette histoire vraie. Pourquoi la réinventer alors qu’elle se suffisait à elle-même ?

John Leguizamo y livre une prestation inspirée dans le rôle d’un flic infiltré qui probablement ne sait plus où se situe la ligne blanche de la loi : « tu dois sniffer comme eux, baiser comme eux, car c’est ce qu’ils attendent de toi, c’est comme ça que ces mecs fonctionnent. Au moindre faux pas, t’es mort. »

En fait la grande force du film est de recycler ce que Michael Mann avait si bien décrit dans la série Miami vice : la griserie de brasser du fric, des grands restaurants, des jets privés et des yachts, l’amitié qui peut naître entre un flic infiltré et ceux qu’il doit faire tomber. Le sentiment de trahison, mais aussi de dégoût de soi, quand le couperet tombe. Ici l’amitié est incarnée par Benjamin Bratt, qui joue Roberto Alcaino. C’est sans doute lui qui produit le plus de jeu dans cette histoire, qui est le plus écartelé. Je l’ai trouvé excellent, aussi juste que Leguizamo, dans un registre quasiment opposé.

La mise en scène de Brad Furman est sans grand relief, il pouvait proposer quelque chose de nettement plus créatif. On aurait pu voir l’argent circuler, avec un montage vigoureux à la Oliver Stone. On aurait pu trouver la folie narrative du Loup de Wall Street de Martin Scorsese. Le sujet s’y prêtait parfaitement. L’implication de Noriega, Pablo Escobar offraient beaucoup de possibilités esthétiques, graphiques. Le réalisateur s’est laissé clairement guider par son scénario, s’est reposé sur lui, s’est concentré sur la tension, la paranoïa, le danger permanent. Ce n’est pas forcément raté, mais c’est clairement insuffisant pour faire de The Infiltrator un grand film.

 

The Hollow point – Gonzalo López-Gallego (2016)

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A la frontière, le sheriff Leland (Ian McShane) abat un crétin qui trafiquait des munitions « copkiller » entre les USA et le Mexique. Ce n’était pas vraiment un cas de légitime défense et le shériff Wallace (Patrick Wilson) est envoyé sur place pour remplacer le vieil alcoolo. Mais 250 000 dollars ont disparu et le cartel n’a pas du tout l’intention de laisser passer ça. Par conséquent, ils envoient « le boucher » (John Leguizamo, moins survolté que d’habitude) régler son compte à quatre personnes dont les noms figurent sur une simple liste écrite à la main sur un minable bout de papier blanc.

De Gonzalo López-Gallego, j’avais été probablement la seule personne sur Terre à penser plutôt du bien de son Apollo 18 (sur la Lune, ils ont tous adoré). Et, avec ou sans surprise, comment dire ?, je pense encore plus de bien de son The hollow Point (à tel point que je me refuse à utiliser son minable titre « français » Desert Gun – et ta sœur, elle déserte Gump ?).

The Hollow Point est un petit noir, serré, plutôt une boisson d’homme ; a priori rien de nouveau sous le soleil du Nouveau-Mexique. Sauf que vers la quinzième minute, vous n’allez pas croire à ce qui arrive. Vous allez être bluffé (horrifié aussi) par une scène totalement inattendue et jamais vue, je pense, dans un film de ce genre (j’imagine la gueule des producteurs quand ils ont reçu le scénario de Nils Lyew : heu là, cette scène page 16, c’est du interdit au moins de 18 ans avec avertissement aux cardiaques et aux femmes enceintes ?). Bon, quand ce cher Gonzalo nous refait à peu près le même coup une demi-heure plus tard, ça marche certes moins bien, mais disons que la première action du Boucher est estomacante (adjectif colombien peu usité et à double sens ; une scène estomacante vous laisse sans voix et vous soulève le cœur jusqu’aux amygdales).

Le scénario est plein de petites trouvailles. La violence est aussi sèche que réaliste, et quand un personnage se prend une balle dans ce film, il ne court pas le marathon derrière pour poursuivre un voleur de bonbons.

Un polar atroce dans son exposition frontale de la violence des cartels, sans gras, sans grande ambition, aussi, mais plein de petites surprises, de trouvailles scénaristiques. Vous n’oublierez jamais la première confrontation du shériff Wallace avec le Boucher.

Après Bone Tomahawk, où il était excellent, je me dis que Patrick Wilson a l’art de choisir des « petits » films où son personnage en chie à mort. Ce garçon fort sympathique (et terriblement sexy, me souffle une voix féminine dans l’oreille gauche) doit être masochiste.

(Je suis partial, bien évidemment, en tant que grand fan de John Leguizamo. En tout cas, ça fait plaisir de le voir dans un autre rôle que celui du mexicain de service fast-talker déjanté, comme il l’a déjà fait 854 fois au cours de sa carrière, et notamment dans les deux John Wick).