Nocturnal animals, Tom Ford (2015)

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Une directrice de galerie d’art, Susan (Amy Adams), a des problèmes de couple avec son mari (qui la trompe, bien évidemment). Un jour elle reçoit en avant-première le premier roman de son premier mari, ce qui fait beaucoup de premières choses pour une seule phrase.

Susan commence à lire le manuscrit et découvre l’histoire terrible d’une agression dans l’ouest du Texas, d’un homme lâche (mais l’est-il vraiment ?), interprété par Jake Gyllenhaal, qui va tout perdre en une seule nuit.

Bon je n’en attendais rien de particulier, je l’avais acheté d’occaze en blu-ray chez mon revendeur habituel, car j’aime bien Gyllenhaal et je pense avoir vu tous les films dans lesquels il a joué ou presque… Je ne savais pas du tout de quoi ça parlait et je n’ai même pas pris le temps de lire le résumé sur la jaquette.

Et là c’est le drame : ce que j’ai vu était d’une profondeur et d’une puissance, incroyables, qui me semblait-il avaient presque totalement déserté le cinéma américain. Nocturnal animals est presque aussi rude à regarder que le Délivrance de John Boorman (il y a d’ailleurs quelques points communs), mais si on a le cœur bien accroché il ne faut pas hésiter… C’est du grand cinéma.

Life, Origine inconnue – Daniel Espinosa (2017)

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Un équipage international dans l’ISS s’apprête à récupérer une sonde martienne dont la course a été déviée après avoir heurté des débris. Les prélèvements de cette sonde contiennent une forme de vie que l’équipe scientifique va essayer de ranimer puis cultiver. Evidemment (sinon, il n’y aurait pas de film), tout va foirer dans les grandes largeurs (ou, au contraire, réussir au-delà de toutes espérances).

Evidemment quand on trouve le blu-ray neuf d’un film de SF inconnu (jamais entendu parler de ce truc jusqu’à ce que je l’achète !) dans un bac d’occasion au prix d’un cappuccino dans un Bar-PMU parisien, il y a probablement un soucis quelque part.

Ça commence très fort : Deadpool Ryan Reynolds joue au Baseball (façon mec accroupi qui a le gant qui le fait bien) avec une sonde martienne en approche rapide. Donc il capture l’objet venant « à très grande vitesse » (je me répète, au cas où vous n’auriez pas compris la première fois) avec un bras robotique qu’il contrôle depuis l’espace, tout en prenant bien soin de se mettre sur la trajectoire de l’objet dangereux. Quel suspens ! Ah ah ah. Ça continue aussi fort, avec des gens qui font des trucs de ouf en micro-gravité (quand le réalisateur y pense, parce qu’il n’y pense pas toujours, notamment dans la scène du repas). Donc s’il y a du danger ou s’il va y avoir du sang, il y a de la micro-gravité dans l’ISS, dans le cas contraire, ben, ça dépend du budget effets spéciaux.

ATTENTION A PARTIR DE CE POINT DE NON-RETOUR JE SPOILE A MORT. PARDON POUR LES FAMILLES ET TOUSSA.

(D’aileurs, j’ai jamais compris qui était Toussa… mais c’est un autre problème).

Bon, ils ont récupéré la capsule et les échantillons top moumoute qu’elle contient. Dans le sable martien bien rouge, façon Roland-Garros, ben tu vois, hiberne une cellule extra-terrestre. C’est comme une cellule terrienne, joli comme tout, avec des longs cils de biche. Alors on réchauffe le truc, on bidouille l’oxygène et le dioxyde de carbone. Et miracle sur l’ISS : la cellule se met à bouger, elle remue des cils comme Paola au Bois de Boulogne, c’est presque aussi beau que cette scène incroyable d’émotion où les lumières s’allument dans le vaisseau spatial d’Independance Day parqué quelque part dans le vingt-troisième sous-sol de la zone 51, c’est dire la charge émotionnelle du machin. Le caleçon direct à la machine à laver. Puis la cellule (quelle cochonne !), elle se divise et se divise et le produit de cette partouze en laboratoire orbital finit par ressembler à un Pokémon eau. C’est mignon un Pokémon. Puis quand c’est bleu, c’est forcément inoffensif, il faut plutôt se méfier des trucs marrons, noirs, ou vert dégueulis. T’as déjà vu un requin bleu ? Un xenomorphe bleu ? Un predator bleu ? Un steak bleu ? Donc pas de problème, jouons à gilli-gilli avec la chose bleue.

AH MERDE !

Donc le scientifique en fauteuil roulant (un black sympathique qui a les jambes en gressin – ceci n’est pas un commentaire raciste) s’engage dans une partie de bras de fer avec notre martien bleu et là… le film part en sucette, mais un truc… c’est simple, le coup du Baseball orbital, c’était de la roupi de sans-sonnet (un truc indien pour faire taire les accordéonistes dans le métro). Voilà que Ryan Reynolds prend un lance-flammes (dans l’ISS ! bien sûr qu’ils ont des lance-flammes dans l’ISS, c’te question !) et commence à poursuivre la créature qui… J’en dis pas plus, mais c’est énorme. Jusqu’au bout. Jusqu’à la scène finale, terrifiante.

Alors, étrangement les acteurs jouent bien, les personnages sont attachants. Il y a même un personnage assez étonnant joué par Jake Gyllenhaal. Olga Dykhovichnaya est très touchante en cosmonaute russe, etc. On aimerait la voir plus souvent (à poil, aussi, mais ça n’a pas grand rapport avec ses talents de comédienne).

Life, origine inconnue c’est le navet de comices interplanétaires. C’est trans-galactique, voire davantage. A consommer sans modération. Je me suis régalé.

 

Okja, Bong Joon Ho (2017)

Okja

Très intéressée par l’agréable perspective de gagner des milliards en nourrissant la planète, la société Mirando met au point un super-cochon et met en avant un concours auquel participera une grosse dizaine de super-cochons offerts à des éleveurs du monde entier. Du greenwashing mis en scène avec la légèreté d’un Cecil B. DeMille sous psychotropes. Pendant dix ans, Okja grandit dans les montagnes de Corée en compagnie d’une petite fille, Mija, et de son grand-père. Un jour, l’animateur survolté Johnny Wilcox (Jake Gyllenhaal, qui n’a pas peur du ridicule) débarque pour annoncer à tout le monde qu’Okja a gagné le concours et va s’envoler pour New York afin de recevoir son prix.

(Critique avec spoilers – désolé).

Okja est un très chouette film, un peu acide, avec de super morceaux dedans (un peu comme les yahourts aux fruits faits maison), je le conseille disons à partir de douze ans, car certaines scènes pourraient  choquer des enfants plus jeunes.

(Vous pouvez vous arrêter de lire ici, si vous ne voulez pas être irradié au spoiler. Si vous préférez continuer votre lecture, sachez que je vais ci-dessous en grande partie dévoiler la fin du film.)

Okja est aussi un film qui ne tient pas la route dix minutes si on l’analyse à tête reposée. Rien n’y fonctionne vraiment, ni dans le déroulé de son intrigue ni dans ses détails. Plutôt que d’y voir un ratage, j’y vois une super-grosse satire très maline, pleine de métaphores, d’allusions plus ou moins transparentes. Un film à thèse où chaque scène, chaque morceau de bravoure nourrit une idée : nous mangeons trop de viande, les animaux ont des émotions eux-aussi et méritent par conséquents des droits équivalents aux nôtres.

Pourquoi Okja défèque à un moment dans le magnifique lac bleu de montagne, au pied de la cascade ? Parce que le problème des excréments dans l’élevage porcin est un réel problème mondial. Pourquoi Okja est accouplée alors qu’elle va être découpée en steaks dès le lendemain ? Parce que pour Mija, quatorze ans, c’est sans doute ce qui peut arriver de pire à Okja. Deux choses différentes : le viol et la mort, mais quelque part équivalentes dans l’esprit de cette gamine de campagne. Violer quelqu’un, c’est nier son existence spirituelle, le rabaisser plus bas que l’objet, car on nourrit de l’affection pour certains objets. On touche là le cœur du film : les animaux ont (devraient avoir) tout autant de droits que nous.

Les visions de l’abattoir à la fin du film rappellent certaines images de la Shoah et on ne peut résolument pas considérer que c’est innocent.

Bong Joon Ho tord la logique scénaristique de son film pour adresser tout un tas de messages cohérents à son audience ; on peut le regretter, on peut aussi considérer qu’Okja est un film pour la jeunesse / young adult comme il y a des livres pour la jeunesse / young adult. Plutôt que se complaire dans une niaiserie à la Walt Disney, le réalisateur coréen choisit de retrouver l’originelle cruauté des conte de fées. Et même si le film finit plutôt bien (c’est à relativiser avec force), il ne cesse de parler du mal qui ronge la planète.

L’avidité.

On finira sur l’interprétation. Tous en font des tonnes : Tilda Swinton, Paul Dano, Jake Gyllenhaal. C’est presque un concours de roue libre. Seul Giancarlo Esposito joue sa partition dans un registre « réaliste », froid et calculateur (registre dans lequel il excelle). On pourrait y voir de nouveau une erreur, une maladresse, une fausse note. J’y vois un message : le plus dangereux ce n’est pas le savant fou grandiloquent ou le dictateur hystérique, aveuglé par son ego, mais leur bras armé, toute cette armée de gens obéissants car fort motivés à construire leur propre confort, et qui seront tout aussi motivés à trahir la « pensée », la « parole », la « ligne » quand il deviendra clair que la trahison rapportera beaucoup plus que l’obéissance à un discours auquel on n’a jamais vraiment cru. Leur seule conviction est Pragmatique (avec un pet majuscule) : en marchant sur la tête des autres on peut éviter de patauger dans la merde. Il suffit juste de ne pas chuter. Ces fonctionnaires de l’avidité sont sans doute ce qu’on appelle de nos jours les « premiers de cordée ».

Okja divertit et fait réfléchir, chacune de ses erreurs scénaristiques sert en fait un propos, un message. Là où on croit voir des maladresses, il y a peut être une incroyable audace…