Harrow County – Cullen Bunn/Tyler Crook

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(Disclaimer : je collabore régulièrement avec la maison d’éditions Glénat en tant que scénariste, il est donc permis de penser que l’engouement suivant n’est pas « fair & honest »… pourtant, il l’est.)

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Je suis loin d’avoir exploré en profondeur tout le catalogue Glénat Comics, mais de ce que j’ai pu lire dans cette collection, la série Harrow County est de loin ma préférée.

Mike Mignola le dit mieux que moi :  » A la fois incroyablement séduisante et totalement dérangeante, cette série est une réussite. « 

You’re right Mike !

Quant à l’immense Jeff Lemire, il n’y va pas avec le dos de la cuillère :  » Troublant et profondément génial « . Ah ouais, quand même…

Harrow County est une série « southern gothic » rurale qui tourne autour d’un certain nombre de personnages : la sorcière Hester Beck (qui connaît une fin très raspoutinienne), la jeune Emma (connectée aux puissances anciennes de Harrow County), Bernice (une jeune afro-américaine de cette époque où le mot « nègre » devait être prononcé / entendu au moins dix fois par journée), un garçon sans peau et une peau sans garçon à l’intérieur, une « docteure serpent »…

Au jour d’aujourd’hui, trois hardcover français ont paru. J’attends le quatrième avec impatience.

1 – Spectres innommables (4 épisodes)

2- Bis repetita (4 épisodes)

3- Charmeuse de serpents (4 épisodes – je préférai le titre provisoire Docteur serpent, beaucoup plus gothique.)

Les deux premiers sont vraiment super (je ne vais pas spoilier les histoires qu’ils contiennent), j’ai été un peu désarçonné par le troisième, car Tyler Crook n’y illustre que deux épisodes sur quatre. Le premier, dessiné par Carla Speed McNeil, fait un peu mal aux yeux, dans le sens qu’on y sent l’hommage graphique appliqué, respectueux et sans doute pas assez distancié/digéré (on résumera ça par : c’est du sous-Tyler Crook – sorry Carla). L’épisode 4 est dessinée par Hannah Christenson qui s’éloigne très franchement du style de Tyler Crook, heureusement, mais « subit » un scénario extrêmement frontal, ramassé et peu subtil. Une fois encore, son dessin supporte mal la comparaison avec celui de Crook ; par ailleurs, 40 ou 50 pages n’auraient pas été de trop pour raconter cette histoire de maison hantée. Elle aurait sans doute beaucoup gagné à une montée en puissance plus graduelle, et elle se coupait exactement en son mitan, naturellement, au moment où Emma s’adresse directement au « garçon silencieux ».

Les bonus du troisième album (crayonnés, couvertures US, work in progress) sont renversants, très réussis.

Cette série horrifique évoque Poe, Bradbury, certains textes « américains » de Clive Barker (anglais), Shirley Jackson… Tous les épisodes dessinés par Tyler Crook sont un régal pour les yeux. Son trait « décalé » (par rapport au reste de la production actuelle), reconnaissable au premier coup d’œil, impressionne.

 

Juste un peu de cendres – beaucoup trop de cendres…

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J’ai reçu hier un exemplaire de mon comics avec Aurélien Police Juste un peu de cendres. L’objet me semble superbe, mais je ne suis pas objectif, évidemment. En tout cas, j’étais tout content, après La voie du sabre que je ne scénarise pas, Wika que je co-scénarise avec Olivier Ledroit, je continue mon aventure chez Glénat avec un album dont j’ai écrit l’histoire de A à Z (au bémol près qu’Aurélien s’est évidemment approprié cette histoire et y a apporté aussi beaucoup, y compris en termes « scénaristiques »).

J’étais tout content en feuilletant le bébé et, en même temps, mon bonheur ne pouvait être que voilé par ce qui se passe en ce moment-même en Californie du nord. L’art et la fiction se rejoignent dans la cendre, dans ces images de désolation qu’on connaît trop bien.

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Ça pourrait être une image du comics, la base d’une image, le début d’une scène ou la fin d’une autre. J’imagine très bien Aurélien s’inspirer de cette carcasse automobile, de cette cheminée esseulée, de ces deux machines à laver et sécher le linge déformées par la chaleur.

La Californie du nord (que j’ai visitée il y a plus de vingt ans) brûle ; c’est désolant tant cette région est séduisante. Paradoxalement, l’image la plus vive que j’en garde c’est celle de deux vautours attablés devant un cerf mort, sans doute renversé par un véhicule.

Les Américains se croient les maîtres du Chien, nous tous – l’Humanité – n’en sommes que les puces, un accident évolutionnaire, la dernière ligne d’un très gros livre…

Le comics sort le 25 octobre, la Californie brûle, Donald Trump n’a pas encore rasé la Californie Corée du nord.

 

Comic Con Paris 2017

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Ici, un petit article où je vole la vedette à mon illustrateur Aurélien Police ; personnellement, je trouve ça un peu étrange, en tout cas injuste, quand on sait la différence d’engagement que représente l’écriture d’une scénario de cent planches et la réalisation (plus de deux ans ?) des cent planches en question. Surtout qu’Aurélien s’est chargé entièrement du découpage de l’album et que je ne suis que très peu intervenu à ce stade.

J’ai fini de relire les épreuves hier, le comic et ses bonus, et j’ai hâte d’avoir maintenant l’objet entre les mains.

The Big Guy and Rusty the boy robot

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Au Japon, des scientifiques inconscients font joujou avec la soupe primordiale et crée involontairement un monstre gigantesque qui commence à ravager le pays. Rusty l’enfant robot est envoyé régler le problème, sans succès ; alors le Japon (mort de honte) demande l’aide des USA… C’est alors au tour de Big Guy d’intervenir.

Servie par le dessin génial de Geoff Darrow, Big Guy and Rusty the boy robot est une pochade, une histoire simple pleine d’ironie et d’anti-japanisme primaire (et/ou ironique). Le scénario de Frank Miller et Geoff Darow est d’une imbécillité assumée avec des textes complètement cons, des jeux sur AkiraGodzilla, Astroboy et j’en passe. Et même un gag à base d’Hiroshima/Nagasaki pas du meilleur goût, loin de là.

L’objet concocté par Glénat, bourré de bonus, est vraiment très chouette, mais il ne parvient pas à masquer le manque flagrant d’intérêt (scénaristique) de ce comics (qui toutefois m’a permis de découvrir l’art de Geoff Darrow – un autre psychopathe du détail).