Freaks, Adam Stein & Zach Lipovsky (2018)

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Chloé a 7 ans. Elle vit dans avec son père dans une maison complètement calfeutrée, elle n’a pas le droit de sortir, de parler avec les voisins et elle répète son rôle, elle s’appelle Eleanore Reed, elle a sept ans et son sport préféré est le baseball. Quand son père (Emile Hirsch) un brin tyrannique s’endort, des événements ont lieu autour de la maison, notamment le passage d’un vieux marchand de glaces (Bruce Dern). Un jour, Chloé commet l’irréparable, elle accepte une glace au chocolat de la part de sa voisine et, pour ce, elle ouvre la porte. Le voile est en train de se lever, la vérité apparaît peu à peu : Chloé appartient à une branche divergente de l’Humanité, les Freaks (traduits anormaux en politically correct à destination des médias) que les normaux traquent et exécutent sans hésiter.

Freaks est une série B à petit budget (les réalisateurs estiment que les effets spéciaux, 250 plans, ont coûté au final moins de 2000 dollars) qui trouve sa source dans le roman Charlie de Stephen King (je ne noterai pas les points communs, ce serait fastidieux) et les X-men originels, ceux nés des traumatismes de la Seconde guerre mondiale qui provoquent la peur et le refus de l’autre, car il sont différents, mais surtout plus puissants.

C’est un petit film, avec somme toute de petites ambitions et qui essaye de traiter la thématique des mutants sous un angle différent, peut-être plus familial, plus intimiste. Paradoxalement, c’est à mon sens, pas ce qu’il y a de plus réussi dans le film. A contrario, les réalisateurs esquissent le portrait ambiguë d’une implacable tueuse de monstres (Grace Park) que j’ai trouvé très réussi.

Je le conseille, parce que c’est bien de retrouver le goût pour ces films à petits budgets, inventifs, sincères, filmés avec amour et une vraie envie de casser la plupart des codes hollywoodiens actuels. Je le rangerai un peu dans la même boîte que Chronicle et Brightburn, mais si c’est à mon sens beaucoup moins abouti (ce qui n’explique pas entièrement le budget très serré).

Big Fish, Tim Burton (2003)

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En discutant avec Guillaume Sorel du Macbeth de Justin Kurzel (joli, mais que j’ai trouvé sans ligne de force narratrice, comme une suite hachée de tableaux, dominé par un Fassbender au sommet de son art), nous en sommes venus à parler de Marion Cotillard et de Big Fish de Tim Burton.

J’en gardais un assez bon souvenir, mais comme souvent dans ces cas-là, totalement parcellaire ; je me souvenais de la relation père-fils (Albert Finney / Billy Crudup), de la scène de funérailles, mais j’avais oublié les différents seconds rôles, la plupart des péripéties.

En le revoyant, deux choses m’ont sauté aux yeux : le nombre de similitudes surprenantes avec le Forrest Gump de Robert Zemeckis (les deux films ne racontent pas du tout la même chose, mais il y a une sorte de communauté d’âme dans ces trajectoires individuelles, Edward Bloom reste au niveau « géographique » / intime de l’Amérique, alors que Forrest traverse l’Histoire des USA), le merveilleux des freaks : sorcière borgne, géant frappé d’acromégalie, sœurs siamoises, directeur de cirque aux pulsions canines, etc.

Big Fish est un très beau film, plein d’images, d’émotions, de personnages merveilleux. Le revoir n’a fait qu’amplifier mon impression que le Hollywood du XXIe siècle broie tout, salit tout, les gens comme les beaux projets. Tim Burton était un réalisateur formidable, son naufrage artistique sans doute irrémédiable n’en semble que plus cruel.