Leave the world behind, Sam Esmail (2023)


Une femme (Julia Roberts) qui n’en peut plus « des gens » loue une maison de luxe, à la campagne, à proximité de New York, pour elle, ses enfants et son mari. Elle a un fils de 17 ans et une fille plus jeune, sur le point de terminer la série Friends. Alors qu’ils sont à la plage, toute la famille est obligée de courir pour échapper au naufrage d’un pétrolier. Plus tard, les réseaux Internet/Téléphone cessent de fonctionner. Et encore plus tard, au beau milieu de la nuit, un homme Noir et sa fille frappent à la porte. L’homme dit être le propriétaire de la maison et propose mille dollars en liquide pour passer la nuit avec son insupportable fille, chez lui, en sécurité. Amanda, celle qui a loué la maison, pète une durite, pendant que son mari se montre plus conciliant. Les locataires finissent par accepter la présence des propriétaires, alors que dehors l’Amérique s’effondre.

J’ai du mal à trouver ce qui est le plus ridicule dans le film. J’ai décroché une première fois avec la scène du pétrolier, puis plus tard avec la scène des voitures autonomes et puis plus tard (non, je ne spoile pas). Il faut accepter ce film pour ce qu’il est réellement, non un film de fin du monde réaliste, mais une parabole lourdingue sur la façon dont les gens vivent le nez dans leur téléphone portable, s’éloignant de la vraie vie, de la nature et des autres. Si le fonds est vraiment intéressant et pointe du doigt certains maux propres à la société américaine (notamment la radicalisation terrifiante du camp républicain), la forme et le rythme lancinant (le truc dure quand même 2H20) m’ont laissé la plupart du temps sur le bord de la route. Tel un fan transi des scénarios inénarrables de Damon Lindelof, Sam Esmail empile les scènes complètement What The Fuck, certes très marquantes sur le plan visuel, mais comme issues d’un cerveau New @ge qui mélangerait un peu tout, Alfred Hitchcock, la mondialisation, la crise climatique, les fractures de la société américaine, les dangers de l’hyperconnectivité, l’effondrement de la biodiversité, etc.

Bon, si vous avez adoré Lost, ça passera peut-être comme une lettre à la poste.

Virus, Kinji Fukasaku (1980)

Virus_Fukasaku

 

Le film démarre en 1983 : il ne reste que huit cents soixante-trois personnes en vie sur toute la planète, dans les bases de l’antarctique. A proximité de Tokyo un sous-marin britannique récupère un échantillon d’air. Après analyse, le professeur Latour est catégorique, le virus est toujours présent dans l’atmosphère. Mais il y a peut-être moyen de faire un vaccin.

Le film va ensuite nous raconter tous les dessous de l’affaire, du vol du virus à Leipzig par un lanceur d’alertes avant l’heure, la libération accidentelle dudit virus dans l’atmosphère, son développement en Italie où il devient la « grippe italienne » (sic), puis l’annihilation quasi-totale de l’humanité. Sans oublier un tremblement de terre dans la région de Washington DC qui risque d’avoir des conséquences inattendues (bon là, il ne s’agit plus de suspendre son incrédulité, mais bien de la mettre sur orbite).

Fresque de 2h36, Virus est un film catastrophe à l’ancienne et une co-production internationale (qui accumule tous les défauts habituels de ce genre d’entreprises), d’ailleurs on y retrouve George Kennedy dans un des rôles principaux, acteur habitué aux films catastrophes s’il en est. Au casting, on repèrera aussi Edward James Olmos en erzatz de Che Guevara, Bo Svenson en soldat américain pénible, Glenn Ford dans le rôle du président des USA, Sonny Chiba en médecin japonais (qu’on reconnait à sa voix si caractéristique), Robert Vaughn en sénateur tenace.

« Les Américains n’ont pas le monopole de l’idiotie. »

Pour tout dire, le film est très intéressant (dans le contexte actuel, mais pas que) mais mauvais comme tout. Très mal écrit, il réserve deux ou trois scènes de pure sidération, notamment quand on explique aux huit femmes survivantes qu’il va falloir qu’elles aient toutes plusieurs partenaires pour la survie de la race humaine (c’est à dire le plaisir de ces messieurs), qu’évidemment il va falloir qu’elles en rabattent un peu niveau goûts personnels et intimité. Cette explication survenant juste après une affaire de viol qui va être purement et simplement passée par pertes et profits (on a bien d’autres soucis, ma petite dame). Le « bien commun » a bon dos, du moment que la femme s’y retrouve (sur le dos). Outre les passages pas du tout me too, et le manque de rigueur scientifique de l’ensemble (on va le dire comme ça), il y a quelques scènes d’un ridicule total que je ne vais malheureusement pas lister, car elles interviennent majoritairement sur la fin. On sent que ce qui intéresse avant tout Fukasaku c’est la Guerre Froide (et sa fin éventuelle). D’ailleurs, le bon Kinji cède comme souvent à son jeu de massacre préféré, l’anti-américanisme primaire, et s’en donne à cœur joie.

Le film existe en trois montages, 101 minutes (un massacre total dont il ne reste que les scènes « américaines »), 108 minutes (un massacre, aussi) et la version intégrale de 2h36, la seule qui ait à peu près un sens (la fin réussit la gageure d’être à la fois très belle et totalement ridicule sur le plan « pratique »).

Kinji Fukasaku (mort en 2003) est un réalisateur japonais important, on lui doit quelques films de yakuzas mémorables comme Combat sans code d’honneur en 1973. Il est d’ailleurs considéré comme l’inventeur du genre : « film de pègre japonais ». Le temps ayant fait son œuvre, il est maintenant surtout connu pour avoir mis en scène Battle Royale en 2000. Il a aussi réalisé quelques navets inoubliables ; je vous conseille tout particulièrement Les évadés de l’espace (1978), sa version « personnelle » de Star Wars.

 

Les derniers jours, David & Àlex Pastor

lesderniersjours

De nombreuses personnes sont enfermées dans un immeuble de Barcelone. Pourquoi ne peuvent-elles pas sortir ? On on sait pas, mais elles… elles ne le savent que trop bien, même si elles n’en parlent pas volontiers. Car s’il y a bien une chose dont il est difficile de parler, c’est de la fin du monde (tel que nous le connaissons).

Parmi ces personnes, Marc veut retrouver sa fiancée. Le seul moyen d’y parvenir : affronter la jungle du métro, puis emprunter les égouts. Une aventure dangereuse qu’il ne pourra mener qu’avec l’aide d’Enrique, un désagréable consultant RH spécialisé en dégraissage, surnommé Terminator.

J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce film. Pour tout dire, je l’ai arrêté une fois au bout de vingt minutes, avant de finalement lui redonner sa chance. En fait, il est de mieux en mieux plus on progresse dans l’intrigue,  jusqu’au final que j’ai beaucoup aimé, qui m’a beaucoup touché (je n’en dis rien pour ne rien spoilier).

Il y a des maladresses, mais je trouve que le propos du film, assez ambitieux, l’air de rien, dépasse lesdites maladresses.

A découvrir.