Dead Zone, David Cronenberg (1983)


Johnny Smith (monsieur tout le monde, donc) professeur de littérature a un malaise en faisant des montagnes russes avec sa petite-amie. Quand elle lui propose de passer la nuit ensemble, il refuse, préférant « attendre » et reprend la route sous une pluie battante. Un terrible accident de voiture le plonge alors dans le coma. Quand il se réveille cinq ans plus tard, il a tout perdu : son travail, sa petite amie – mariée, père d’un petit garçon. Mais Johnny a gagné un don : celui de voir des éléments traumatiques, passés, présents, futurs… en touchant la main de la personne impliquée.

Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas revu et ce film reste absolument formidable. Admirable, même. Le scénario (beaucoup de choses ont été retranchées du roman de Stephen King) tient plus que la route. Les personnages sont très incarnés. Et que dire de la prestation de Christopher Walken, qui décroche là un de ses meilleurs rôles.

Alors que Trump retourne à la Maison Blanche (ça y est, c’est fait au moment où j’écris ces lignes), le film devient encore plus angoissant. Les similitudes sont nombreuses et le candidat à la présidence Greg Stillson (interprété par un Martin Sheen halluciné) rappelle beaucoup Xavier Milei et d’autres populistes du même tonneau.

Angoissant, mais tellement bien. C’est le moment parfait pour le revoir.

(Âmes sensibles s’abstenir, il y a une scène qui reste, même quarante ans après, vraiment choquante. Le film existe en plusieurs montages, plus ou moins censurés. La version intégrale est de loin la plus forte, n’en déplaise aux censeurs.)

PS : Une édition Blu ray restaurée ne serait pas du luxe.

Cabal, Clive Barker (Director’s cut, 2011)

Nightbreed

Aaron Boone (Craig Sheffer, un peu falot) fait d’étranges rêves où il voit Midian et les monstres qui peuplent la cité cimetière.

« Tout est vrai.

Dieu est un astronaute.

Midian est l’endroit où vont les monstres. »

Aaron a un rapport particulier avec son psychothérapeute le Dr Decker (David Cronenberg, dans un de ses rares rôles devant la caméra). Alors que des familles sont massacrées, que des bébés sont égorgés par un homme au visage couvert d’un masque des plus flippant, le Dr Decker dénonce Boone à la police. Ce pauvre Boone, convaincu d’être le coupable, bourré d’hallucinogènes à son insu, trouve la mort en quittant Midian pour la première fois de sa vie. Mais tout est inversé dans ce monde-là, Aaron ne vient pas de mourir, déchiqueté par les balles des forces de l’ordre, il vient de naître et il lui appartient désormais de retrouver les siens, de retourner à Midian.

Cabal est un film maudit. Massacré par les producteurs, il aura fallu attendre 2011 pour voir le direcor’s cut de deux heures (celui en ma possession), il existe aussi un Cabal cut de 145 minutes qui inclue beaucoup de morceaux du film sauvés in extremis. Cabal ne sera jamais le film qu’il aurait dû être. Les producteurs ont refusé de comprendre que l’œuvre n’était pas un vulgaire slasher, mais une déclaration d’amour aux monstres, aux freaks, aux marginaux et aux queers, aux films de la Hammer, aussi. Le budget estimé à 11 millions de dollars n’était pas à la hauteur des visions grandioses de Barker, des nombreux maquillages nécessaires. Les décors sont en carton pâte, les effets spéciaux parfois dignes d’un figurant japonais en costume de lézard écrasant une maquette grossière de Tokyo. Mais ce film, porté par la sublime musique de Danny Elfman, est d’une telle sincérité qu’on lui pardonne beaucoup, voire tout, comme ce moment hilarant ou un cascadeur en feu renverse une partie du décor. Ou l’arrivée des « Berserkers » qui rappelle plus X-Or que la Hammer.

Je conseille à tous les amateurs de film d’horreur.

NB : Je n’ai trouvé qu’une seule édition blu-ray du director’s cut dans le commerce, c’est une édition espagnole toutes zones (sans sous-titres français) intitulée Razas de noche. Les sous-titres anglais sont suffisamment bien fichus pour que le film passe tout seul.

NB2 : Cliquez ici pour tout savoir sur les différentes versions du film.