Les prédateurs, Tony Scott (1983)

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Miriam (Catherine Deneuve) et John (David Bowie) s’aiment depuis longtemps, très longtemps. Ce sont des vampires. Et c’est Miriam qui a fait de John le vampire qu’il est. Il sont unis par l’amour, la musique (lui au violoncelle, elle au piano) et le meurtre. Car il faut bien nourrir leur appétit pour le sang humain.
Un jour, John se met subitement à vieillir. Comme il ne comprend pas ce qui lui arrive, il s’adresse à une spécialiste du vieillissement, Sarah Roberts (Susan Sarandon). Mais Sarah ne s’intéresse pas à lui, et quand elle commence à comprendre qu’il y a peut-être quelque chose à creuser dans le cas de John, il est trop tard. En tous cas pour John…

Les Prédateurs, tiré du roman de Whitley « je me suis fait kidnapper et sodomiser par les extraterrestres » Strieber est le premier long métrage de Tony Scott, juste avant Top Gun, qu’il réalisera en 1986. C’est un film qui accumule les défauts, notamment des scènes érotiques inspirées de David Hamilton, assez clipesques, qui tangentent le ridicule (ou y sombrent carrément, question de goût). Néanmoins, ça reste un assez chouette film de vampires, au dénouement assez surprenant. Si Catherine Deneuve requiert à des doubles pour toutes les scènes érotiques, il n’en est rien de Susan Sarandon qui, comme on dit dans ces cas-là, donne de sa personne.

Un classique qui s’ouvre sur Bela Lugosi’s Dead de Bauhaus que, malheureusement, Tony Scott finit par saccager (pour en effet de mise en scène / montage tout sauf convaincant).

NB : Pour la première fois de sa carrière, Tony Scott utilisait The Flower duet (Lakmé) de Léo Delibes. Il réutilisera ce morceau dans True Romance, durant le face à face de légende (sur les Siciliens) qui oppose Dennis Hopper à Christopher Walken.

Atomic Blonde, David Leicht (2017)

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Berlin juste avant la chute du Mur. L’espion anglais James Gasciogne est assassiné par l’espion russe Youri Bakhtine qui récupère une liste d’agents doubles, d’agents infiltrés, d’agents plus vraiment secrets, liste (planquée dans une montre) sur laquelle se trouve l’identité de Satchel, un agent double que l’Angleterre veut pendre haut et court pour haute-trahison. Lorraine Broughton (Charlize Theron) est envoyée à Berlin pour récupérer la liste à tout prix, et en option, démasquer Satchel. Dès son arrivée, le KGB attente à ses jours. Sa couverture a été grillée et elle soupçonne immédiatement David Percival (James McAvoy) l’agent anglais en poste à Berlin de l’avoir trahie. Dans le même mouvement, elle se rapproche, près très près, d’une agente française : Delphine Lassalle (Sofia Boutella) qui a quelques informations de valeur au sujet de ce paradoxal David Percival, qui fait tout pour passer pour un crétin égocentrique fini et serait peut-être à la place le meilleur espion de sa génération.

Atomic Blonde est une bonne surprise, c’est sans doute même mieux que ça. Je n’en attendais rien ou disons pas grand chose et voilà, je suis resté scotché de bout en bout. Charlize Theron fait un numéro absolument incroyable : à poil, nichons au vent (dès la première scène), en dessous coquins, habillée smart, habillée tueuse implacable, avec perruque, sans perruque. Elle est de quasiment de toutes les scènes et elle incarne une version féminine de James Bond particulièrement réussie. Elle picole comme James Bond (vodka on the rocks), cogne comme James Bond, tire comme James Bond, mais (et c’est là que les scénaristes ont été très malins) malgré ses talents de tueuse implacable elle ne baise pas comme James Bond (ancienne époque). Ses sentiments amoureux sont clairement son épine dans le pied, ce qui la rend fascinante et terriblement attachante. James McAvoy ne surprend pas, il reprend quasiment à l’expression près son rôle dans Ordure ! Aucune surprise donc de ce côté-là, mais il le fait avec le talent pyrotechnique qu’on lui connaît. C’est un espion complètement outré qui se prend pour une rockstar, passe son temps avec des putes, boit comme un trou, parle comme un charretier, fraye avec les punks / activistes qui vont faire tomber le mur. Tout ça ne l’empêchant pas d’avoir une certaine efficacité. C’est un peu le jumeau maléfique de Lorraine. Leur face à face est plutôt intéressant, il joue à la fois sur le registre pop (voire vulgaire : je t’e mettrai bien un petit coup, jolie blonde / dans tes rêves, gros con) et sur un registre plus cérébral (d’inspiration John Le Carré tout à fait limpide – d’ailleurs le film se paye le clin d’œil de luxe absolu en donnant à Toby Jones à peu près le même rôle qu’il avait dan La Taupe).

Doté d’un scénario vraiment convaincant, plein de trouvailles assez géniales (l’utilisation des chansons de la fin des années 80, du film Stalker, des citations de Machiavel, etc), Atomic Blonde dégueule littéralement de morceaux de bravoure :

  • la scène dans le cinéma où est projeté Stalker.
  • Les scènes de séduction puis d’amour entre Charlize Theron et Sofia Boutella.
  • La scène des parapluies.

Sans parler de quelques fusillades à la violence décomplexée et graphique (meurtre au pic à glace, relooking d’appartements est-allemand au sang et aux matières cérébrales).

Le film bénéficie d’un choix de chansons à la fois assez évident et en même temps éclairé : Cat people (putting out fire) David Bowie, 99 luftballoons de Nena, Cities in dust de Siouxie and the banshees, London Calling de The Clash, etc.

A l’heure où le moindre commentaire sexiste peut coûter très cher, je prends le risque et assume le ras du bitume : Atomic Blonde c’est James Bond avec des (petits) nichons. Et c’est délicieusement bon de jouir de cette inversion des codes habituels du film d’espion. Charlize Theron est incroyable (séductrice, intelligente, manipulatrice, physique), James McAvoy fait le boulot avec panache, Sofia Boutella est belle à croquer (surtout en moto) et le reste du casting assure grave : Toby Jones, John Goodman, Eddie Marsan…

A priori ce cocktail incongru d’action à gogo, de pop culture et d’espions cérébraux à la John le Carré n’aurait rien dû donner d’intéressant, mais voilà c’est la magie du cinéma  (le plus grand tour de prestidigitation qu’ait inventé le diable)…

Foncez ! C’est de la bombe !