Des Cairngorms à Lumphanan

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Hier, petite randonnée (un peu moins de 9 km – mais comptez trois bonnes heures en raison du relief et des passages raides ou boueux ou les deux) dans les Cairngorms, du côté de Lecht.

Vu le temps, je n’ai même pas pris la peine de prendre mon matériel photo.

L’avantage de ne pas être avec les enfants, c’est qu’on n’entend pas tous les cent mètres « papa quand est-ce qu’on arrive ? ».

La nature écossaise est particulièrement généreuse début août.

On voit sans mal des lapins, chevreuils (roe deer), biches, busards, grouses et même faisans.

Les sous-bois des forêts de résineux (plantées à l’écossaise : les arbres, souvent des douglas, très proches les uns des autres) regorgent de champignons comestibles : pieds-de-mouton, cèpes, girolles jaunes et russules charbonnières. J’ai aussi repéré des lactaires, plus en hauteur, mais j’ignore s’ils sont « bons ». On trouve des framboisiers sauvages un peu partout en bordure des cours d’eau (fruits assez acides), les inextricables ronciers croulent sous les mûres noires, très bonnes. En sous-bois, les myrtilles sont minuscules mais très sucrées.

Côté paysages, les Cairngorms ne ressemblent pas aux Highlands, les reliefs sont plus écrasés, les collines un peu lunaires, sans arbres, sont couvertes de bruyère violettes à pertes de vue, sauf là où des parallélépipède de forêt ont été plantés, pas toujours d’une façon très esthétique, surtout que la mode locale est à la coupe claire (donc totale) quand il s’agit de récolter le bois.

Sur toute la randonnée parfaitement balisée (la région Bretagne devrait venir faire un stage dans le coin, vues mes petites déconvenues familiales en juillet dernier), je n’ai rencontré qu’un seul promeneur. On ne peut pas faire plus « calme ».

Il faut prendre une fois dans sa vie la A939 de Corgaff à Tomintoul. Quand vous arrivez à la station de ski de Lecht, vous avez alors une vue plongeante sur les collines alentours. Un des plus beaux panoramas d’Ecosse.

Nuit au Macbeth Arms, à Lumphanan, le village où Macbeth a été fait prisonnier et décapité le 15 août 1057.

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Macbeth’s tour (summer ’17)

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Durant l’été 2015, pour mon plaisir, j’ai écrit un scénario de BD autour du personnage historique de Macbeth (Mac Bethad mac Findlaích). Je suis parti de l’histoire et j’ai injecté du Shakespeare, du Kurosawa (et une pointe d’Excalibur – John Boorman/Rospo Pallenberg) dedans. Au début, c’était plus ou moins un galop d’essai (destiné à préparer un projet pour Glénat nettement plus ambitieux, au moins cent-cinquante planches, qui verra sans doute le jour dans quelques années), mais je me suis vite pris au jeu et j’ai découvert, en revoyant Le Château de l’araignée de Kurosawa, que mon sujet n’était pas tant Macbeth que son épouse : Gruoch d’Ecosse ; le peu d’importance que Kurosawa donne à Dame Washizu Asaji a paradoxalement avivé mon envie de donner beaucoup d’espace graphique à cette femme qui, chez Shakespeare, déclame  :

 » Désexez-moi, ici, et du crâne au talon remplissez-moi toute de la plus atroce cruauté ; épaississez mon sang ; fermez en moi tout accès, tout passage au remords.

Venez à mes mamelles de femme et changez mon lait en fiel, vous, ministres du meurtre, quel que soit le lieu où, invisibles, vous aidez à la violation de la nature.

Viens, nuit épaisse, enveloppe-moi de la plus sombre fumée de l’enfer ; que mon couteau ne voit pas la blessure qu’il va faire. « 

Tout ce que nous savons ou presque sur le Macbeth historique prête à questions. Les sources sont postérieures, douteuses (anglo-saxonnes, donc), imprécises, parfois contradictoires. Michel Duchein ne lui consacre que deux pages (contenant beaucoup de conjectures) dans sa monumentale Histoire de l’Écosse.

Voilà les faits qui semblent à peu près incontestables :

Macbeth est l’époux de Gruoch (veuve d’un premier mariage avec Gille Coimgáin Mac Maíl Brigte).

Macbeth était mormaer (comte) de Moray quand il accède au trône en 1040, succédant au jeune roi Duncan (25 ans, déjà trois enfants), réputé incapable. Les conditions réelles de cette succession sont floues, même si tout porte à croire que Macbeth a fait assassiner Duncan, comme il avait fait auparavant assassiner le mari de Gruoch.

Macbeth défait Crinan (abé Laïc de Dunkeld et père de Duncan) en 1045.

Macbeth fait un pèlerinage à Rome en 1050

Macbeth engage deux chevaliers normands en 1052 (fait remarquable pour l’époque).

Macbeth est attaqué par Mal Coim (fils de Duncan, petit-fils de Crinan) en 1057. Il meurt à la bataille de Lumphanan.

Lulach (fils naturel de Gruoch et fils adoptif de Macbeth) règne de l’été 1057 au printemps 1058 (neuf mois), il est assassiné sur ordre de Duncan (encore une fois dans des circonstances floues : ou bataille rangée ou traquenard).

Mal Coim lui succède immédiatement. Il régnera trente-six ans.

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Juste avant l’été, Benoit Cousin de Glénat m’a téléphoné pour m’apprendre la (très) bonne nouvelle : mon Macbeth, roi d’Ecosse s’était trouvé un dessinateur et mieux encore celui auquel Benoit et moi avions rêvé sans trop y croire. Une offre à aussitôt suivi pour deux albums de cinquante-quatre (plutôt cinquante-deux, d’ailleurs) planches.

Et donc me voilà en Ecosse pour donner une dimension plus graphique à mon scénario. J’avais prévu de faire des photos, mais il pleut tellement depuis mon arrivée (un temps très macbéthien, comme il se doit) que pour le moment je n’ai pas de photos. Hier, alors que je faisais une randonnée dans les Trossachs, au plus chaud de la journée, il a fait 17°.

Aujourd’hui, j’ai visité Dunkeld (Dùn Chailleann), première étape de mon Macbeth’s tour. C’est à Dunkeld que se trouvait l’abbaye de Crinan (abbé laïc), le père de Duncan ; de l’autre côté du fleuve Tay, se trouve Birnam et son dernier chêne vieux de 500 ans (voir photo – fauchée sur internet).

Les sorcières ont promis à Macbeth qu’il sera invincible jusqu’à ce que la forêt de Birnam marche jusqu’à Dunsinane ; avant de l’attaquer, Mal Coífait couper les branches des arbes de Birnam pour cacher son armée…

Alors une forêt marche et annonce la chute de Macbeth.