X, Ti West (2022)


Texas, 1979.

Wayne (Martin Henderson) embarque deux de ses stripteaseuses, un jeune réalisateur qui croit pouvoir faire de l’art tout en faisant du porno, une jeune perchiste (Jenna Ortega) dans une ferme isolée pour tourner un film X avec un acteur noir. Dès le départ, les choses ne se passent pas très bien avec le propriétaire, un homme âgé qui a fait deux guerres et a une certaine idée de ce que doit être l’Amérique. Mais bon, Wayne ruse et tourne sans trop de problèmes deux scènes, une avec Bobby-Lynne (la blonde) dans la chambre, une autre avec Maxine (la brune) dans la grange, Maxine (Mia Goth) qui rêve de devenir une star et se balade nue sous sa salopette à peu près tout le temps.

Émoustillée par ce qu’elle a vu sur le tournage, Lorraine (Jenna Ortega) se propose à son tour pour tourner une scène, ce qui bouleverse son petit ami – le réalisateur – qui ne voyait pas la jeune femme sous cet angle.

Frustrations, désirs exacerbés, corps nus, chaleur… tout est en place pour qu’un drame ait lieu.

X de Ti West rend un hommage limpide (et qui sera difficilement surpassable) au Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (1974) (et même au Crocodile de la mort du même réalisateur). Même Texas rural, autre famille à problèmes. Le réalisateur (très inspiré dans sa mise en scène) aborde le sexe frontalement : désir, pornographie, nudité, frustration, jalousie. Tout est extrêmement explicite, les filles sont à poil (même si les poils pubiens n’apparaissent jamais), les hommes sont à poil (full frontal) ou en slip moulant. Le corps est célébré. Il est montré aussi dans ce qu’il a de plus cruel : la vieillesse, la disparition définitive de la beauté, de la peau douce et des seins fermes.

Le film est très précis, la mise en place dure environ une heure (durant laquelle on ne s’ennuie à aucun moment), et le climax quarante minutes de tension extrême.

Ti West surprend sans cesse, joue avec les attentes du spectateur de films d’horreur et les clichés du genre. Il ose des choses assez rarement vues dans ce genre de films.

X est un sale gosse plein de foutre et d’hormones qui vous fait un doigt en vous tirant la langue. Il agacera prodigieusement certains, tant il insiste sur le pouvoir de la pornographie, du corps féminin, non sans reléguer les sentiments en arrière-plan. C’est justement tout le sel du film, saisir à bras le corps le paradoxe américain, premier producteur de pornographie au monde et premier producteur de télévangélistes au monde.

Les scènes d’horreur sont particulièrement brutales, « graphiques » si vous préférez.

Voilà un réalisateur que je vais suivre de très près.

(Les fans de Jenna Ortega/Wednesday risquent de passer un sale quart d’heure ; les voilà prévenus.)

Eight for silver, Sean Ellis (2021)


Bataille de la somme.

Un officier est lourdement blessé. Le chirurgien lui retire trois balles du corps, dont une balle en argent.

Trente-cinq ans plus tôt, des Gitans envahissent un terrain dont ils réclament la propriété (c’est étrange, déjà, passons). Comme ils se doutent que ça va pas bien se passer, ils préparent une malédiction (c’est un peu comme aller demander une augmentation avec sa lettre de démission, non ?). Les propriétaires terriens du coin ne l’entendent pas de cette oreille (comme quoi les Gitans sont fatalistes mais pas cons). Et donc les français de souche, de tronc et de racines massacrent tout le monde (en même temps, c’est des Gitans, tout le monde s’en fout un peu aujourd’hui, alors fin du XIXe…). Histoire de faire bonne mesure, ils mutilent un homme et en font un épouvantail. Puis ils enterrent vivante la sorcière gitane avant de prendre une photo souvenir. Ma foi, c’était une très chouette rave party… A l’époque, on savait s’amuser, c’est plus comme maintenant.

Un peu plus tard, les enfants du coin se mettent à faire le même cauchemar et se rejoignent au pied de l’épouvantail où ils déterrent une mâchoire dont les dents aiguisées sont en argent. La mâchoire de la malédiction gitane ! Bien sûr… Et qui va mettre ça sans sa bouche ?

Pourquoi on adhère ou pas à un film, voilà une très bonne question. Je peux plonger complètement dans Galaxy Quest qui est complètement délirant et passer à côté de Eight for silver (parfois titré The Cursed) qui est moins délirant (et à peu près aussi rigolo que la pierre tombale d’un enfant de cinq ans). En fait, le film est sensé se passer en France, et globalement rien ne va à ce sujet (même si je reconnais que je suis loin d’être un expert de la France rurale de la fin du XIXe siècle). Arrive un pathologiste étranger (Boyd Holdbrook, méconnaissable) qui s’intègre sans problème à cette histoire de malédiction gitane et de loup-garou, faut dire qu’il n’a pas gardé un très bon souvenir de son passage dans le Gévaudan. D’ailleurs, à ce sujet, le scénariste situe les événements du Gévaudan à la fin du XIXe siècle. En fait Eight for silver est une uchronie d’horreur (uchronie tout à fait gratuite, du genre « bon, ça colle pas, je vais avancer le truc d’un siècle, aucun spectateur américain verra le truc).

Donc, je suis passé totalement à côté, je me suis ennuyé, ça dure presque deux heures. Le Pacte des loups c’est nettement plus rigolo, y’a même un Amérindien qui fait du kung fu… Franchement, un film américain qui vous donne envie de revoir Le Pacte des loups c’est quand même quelque chose.

Come play, Jacob Chase (2020)


Oliver est un jeune garçon autiste qui communique avec ses proches grâce à une application sur son téléphone portable. A l’école, il bénéficie d’un aide permanente. Oliver est très seul, rejeté par les autres, sujet de brimades et de moqueries. Sa mère a dû mal à faire face, son père est un simple employé de parking. Le couple part en sucette.

Un jour, une sorte de livre pour enfant, d’histoire multimédia, apparaît sur le téléphone portable d’Oliver, il s’agit de l’histoire de Larry, le monstre qui devient votre ami à condition que vous n’en ayez aucun. Larry est effrayant. Larry est dangereux. Mais pour Oliver qui n’a pas d’ami, Larry est potentiellement séduisant.

Come Play de Jacob Chase est le remake du court-métrage Larry du même réalisateur. C’est un film d’horreur qui laisse un sentiment mitigé : si toute la mythologie qui tourne autour de Larry est flippante à souhait et met vraiment mal à l’aise, le reste est plutôt en deçà. Certaines péripéties fleurent bon la manipulation scénaristique. L’interprétation n’est pas toujours au top. La morale sur les téléphones et autres tablettes qui nous déshumanisent manque de finesse.

Au final, on a un petit film d’horreur (sérieux) dans la lignée du Mister Babdook de Jennifer Kent ; on retient le jeune garçon autiste, mais aussi le nom du réalisateur, Jacob Chase, à suivre, sans doute.

Les Sorcières d’Akelarre, Pablo Agüero (2020)


Pays Basque, 1609.

Les hommes sont partis pêcher à Terre-Neuve et les filles, les épouses et les grands-mères travaillent le chanvre à un jet de pierre des falaises.

Un juge arrive et fait placer en détention six jeunes femmes suspectées d’être des sorcières.

Sachant ses amies condamnées comme elle, Ana confesse son commerce avec le Malin et assure qu’elle a ensorcelée ses cinq amies. Pour gagner du temps, elle va expliquer au juge point par point comment elle a agi.

Avec ce film, Pablo Agüero revisite à sa façon l’histoire des sorcières de Salem et montre comment des gamines qui aiment parler d’hommes (d’attributs masculins, aussi), danser sous la pleine lune et boire du cidre la nuit en forêt peuvent être condamnées à mort par des fanatiques religieux. Rien de nouveau, on a vu, lu ça, cent fois maintenant… Sauf que le réalisateur décide de faire bifurquer son film dans une direction, sinon inattendue, disons assez originale. La première partie du film où les gamines sont tondues, battues, torturées est assez éprouvante (c’est bien simple, j’ai failli arrêter – la combinaison d’une sensation pénible de déjà vu/déjà lu et d’assister à une étouffante voie sans issue), mais il faut en passer par là pour arriver à une seconde partie plus surprenante. Qu’on les déteste, ces hommes étroits d’esprit effrayés par des gamines qui veulent juste un peu s’amuser avec les interdits de leur époque.

Rien de révolutionnaire, pas le film de l’année, mais certaines scènes (notamment une de séduction frontale) sont vraiment fortes. Amaia Aberasturi crève l’écran.

The Pale Blue Eye, Scott Cooper (2022)


1830. État de New York. Un cadet de West Point est retrouvé pendu. Plus tard, son cœur est arraché et dérobé. L’académie militaire fait appel à un policier retraité, Augustus Landor (Christian Bale), qui vit non loin de là, dans un cottage au bord de l’Hudson. On demande à Augustus de mener l’enquête. Peu après, des animaux sont mutilés dans la région. Tout pointe vers un rituel sataniste. Augustus trouve de l’aide en la personne d’un jeune cadet, un poète du nom d’Egdar Allan Poe.

Ce n’est pas la première fois qu’Edgar Allan Poe mène l’enquête. C’était déjà le cas dans L’Ombre du mal (The Raven) de James McTeigue en 2012, et d’ailleurs ce n’était guère une réussite. The Pale Blue Eye est un film qui ne manque pas de qualités : la photo, l’interprétation de certains acteurs (Harry Melling dans le rôle de Poe). Il y a une ambiance qui tient à peu près la route pendant une heure et puis, las, le film sombre inexorablement dans le ridicule total. Gillian Anderson est complètement à côté de la plaque, l’intrigue à tiroirs se casse la gueule avec perte et fracas.

Ça aurait pu être bien.

Arbitrage, Nicholas Jarecki (2012)


En apparence Robert Miller (Richard Gere) a tout : une femme aimante (Susan Sarandon), une fille surdouée (Brit Marling), une carrière éblouissante dans la finance, une entreprise qui a le vent en poupe. Derrière les apparences, il y a une jeune maîtresse française, une affaire russe de cuivre mal engagée, un audit compromettant, un investisseur furieux qui veut récupérer ses 412 millions de dollars plus les intérêts, des comptes truqués et une banque pesant des milliards prête à acheter l’affaire de Robert. L’homme d’affaires a un plan pour s’en sortir, où chaque heure compte, où la moindre erreur pourrait lui être fatale, jusqu’à ce qu’un accident de la route foute tout en l’air. A moins que…

Voilà un film complexe et réussi, qui en dit beaucoup sur la nature humaine, le rapport à l’argent, le rapport au succès, ce qu’on veut pour ses enfants, et surtout ce qu’on ne veut pas pour eux. La descente aux enfers de Robert Miller a cela d’exceptionnel que plus les difficultés s’accumulent, plus l’étau se resserre, plus l’homme d’affaires se bat bec et ongles pour s’en sortir par le haut, avoir une chance de rebondir. La thématique pourrait s’arrêter là, mais Robert Miller est un être complexe qui refuse que d’autres payent les frais de ses erreurs et en même temps refuse lui aussi d’assumer, sur le plan légal, les conséquences d’une très mauvaise décision. Dans la famille des requins, Robert est celui qui vous dévorera vivant qui s’il n’a aucune autre solution à la place. Il ne dévore pas pour dévorer, contrairement à d’autres, il dévore pour continuer à nager dans les eaux rouges de l’argent et des fusions-acquisitions.

Vraiment un très bon film, découvert par hasard. Richard Gere est exceptionnel de la première à la dernière minute. Je conseille.

Downsizing, Alexander Payne (2017)


Un américain moyen un peu concon (Matt Damon, impeccable, comme souvent) découvre ébahi (comme une grande partie de l’humanité), un procédé scientifique norvégien qui permet de réduire les êtres humains à une dizaine de centimètres de haut. Quelle chouette idée pour la planète, surtout qu’avec 125 000 dollars on peut vivre comme si on en avait 12,5 millions. Cerise sur le gâteau : dans les villes de « petits », il n’y a pas de crime. Bon il n’y a visiblement que des avantages. Après les quelques hésitations d’usage, Paul Safranek (puisque c’est son nom) convainc sa femme de faire le grand saut vers le monde des petits. On rase tout ce petit monde, on leur enlève les couronnes dentaires et autres plombages qui pourraient leur faire exploser la tête (ce qui serait fâcheux) et Paul… se réveille seul. Sa femme n’a pas réussi à aller jusqu’au bout du procédé (visiblement le rasage total de la tête n’est pas passé – ah, ces femmes, comme elles sont superficielles, même quand l’avenir de la planète est en jeu). Commence alors pour Paul une nouvelle vie de célibataire qui va lui faire rencontrer un trafiquant fêtard (incarné par Christoph Waltz, en roue libre) et une femme de chambre unijambiste d’origine vietnamienne, ancienne activiste écologique torturée dans son pays.

Downsizing est plein d’idées drôles (le premier réflexe de Paul après avoir été réduit est de vérifier la taille de son sexe, ou en tout cas que le matos est toujours au bon endroit). Le film possède quelques dialogues assez savoureux:

Ngoc Lan Tran: Other night on boat, what kind of fuck you give me?

Paul Safranek: What?

Ngoc Lan Tran: What kind of fuck you give me?

Paul Safranek: What kind? I don’t…

Ngoc Lan Tran: American people, eight kind of fuck. Love fuck, hate fuck, sex-only fuck, break-up fuck, make-up fuck, drunk fuck, buddy fuck, pity fuck.

Mais le film brasse tellement de sujets (l’écologie, l’économie, l’éco-anxiété, la lutte des classes, le handicap, l’engagement politique, la recherche du bonheur) qu’en fait, il n’en traite aucun de façon vraiment concluante. Très long (2h15), proche du Dont’ look up ! d’Adam McKay, il est à mon sens moins réussi. L’histoire d’amour entre Paul et sa réfugiée vietnamienne n’est pas des plus convaincantes ; c’est sans doute ce qui fragilise le plus le film, puisque toute sa seconde partie tient justement là-dessus.

La Sanction, Clint Eastwood (1975)


Jonathan Hemlock (Clint Eastwood) est professeur d’histoire de l’art, collectionneur de tableaux de maître, tous entrés illégalement sur le sol américain, et assassin professionnel pour une officine secrète qui évoque une micro-CIA. Un jour, on lui demande d’assassiner deux hommes à Zurich qui ont récupéré un micro-film sur lequel on trouve la formule d’une arme bactériologique américaine. Une fois le contrat honoré, on lui annonce qu’un troisième homme est impliqué, qu’il va tenter l’ascension du mont Eiger par la face nord. Une ascension que Hemlock a déjà tenté deux fois, sans succès.

La Sanction (The Eiger Sanction) est la quatrième réalisation de Clint Eastwood après Un frisson dans la nuit, L’Homme des hautes plaines et Breezy. Après trois films très différents, Eastwood change de nouveau de registre avec ce film d’espionnage (puis d’alpinisme) qui pourrait passer pour un pastiche de James Bond. Adapté d’un roman de Trevanian, on trouve en Hemlock un héros purement trévanien, c’est à dire une sorte de surhomme qui a de nombreux talents : l’art, la séduction, l’alpinisme et la mise à mort. Beaucoup ont reproché au scénario son manque de plausibilité. En fait, oui, tout est un peu ridicule dans ce film si on gratte trop le verni, mais au-delà de ce manque de crédibilité se déploie une sorte de thriller de haut-vol qui culmine dans des scènes d’alpinisme à couper le souffle.

C’est daté, très années soixante-dix, le scénario ne tient pas la route une seconde, mais on prend quand même plaisir à suivre les aventures de cet incroyable Jonathan Hemlock. Disons que le panache l’emporte sur la raison.

Made in Britain, Alan Clarke (1982)


Voilà un film facile à résumer : on suit pendant quelques jours, le parcours d’ un jeune skinhead anglais de 16 ans, Trevor, incarné par Tim Roth, dont c’était le tout premier rôle. On y observe la dernière chance d’un système judiciaire anglais à bout de souffle qui voudrait essayer d’éviter d’envoyer un mineur en prison. On y voit un jeune homme en colère, dont la colère semble impossible à éteindre, quoique l’on fasse, quoique l’on dise. Existe-t-il vraiment des gens irrécupérables ?

Le film fait l’effet d’un coup de poing au plexus. Non seulement il vous coupe le souffle, mais il est en même temps impossible à lâcher (il dure 72 minutes, menées à un rythme d’enfer) et épuisant sur le plan émotionnel, tant on cherche (en vain) une petite chose à laquelle se raccrocher chez ce jeune homme perdu.

Quand on connaît l’histoire personnelle de Tim Roth (qu’il a transposée / modifiée dans sa seule réalisation à ce jour : l’éprouvant The War Zone), on se demande à quel point sa colère intime personnelle a servi à construire son rôle. Sur des années, Tim Roth a avoué qu’il avait été abusé sexuellement par un proche lorsqu’il était enfant, puis que ce proche n’était autre que son grand-père paternel, et enfin que son père aussi avait été abusé dans des conditions similaires.

Si vous voulez voir naître en direct un des plus grands acteurs de sa génération, je ne peux que vous conseiller la vision de ce Made in Britain.

(Film vu en DVD, édition Potemkine, VOSTFR).

La Veuve noire, Bob Rafelson (1987)


Alors qu’elle fait des recherches sur la mort dans son sommeil d’un parrain de la mafia, l’analyste du FBI Alexandra (Debra Winger, qui opère une métamorphose impressionnante au fil du film) entend parler pour la première fois de sa vie du syndrome d’ondine. Késaco ? Le syndrome d’Ondine est une maladie génétique rare due à une atteinte du système nerveux autonome. Il est caractérisé principalement par une hypoventilation alvéolaire sévère (hypercapnie associée éventuellement à une hypoxémie) due à une anomalie du contrôle autonomique de la respiration. Vous voilà bien avancés. Ben, disons qu’on peut crever paisiblement dans son sommeil à cause de ce truc difficile à détecter. Poussant ses recherches plus avant, Alexandra trouve deux autres hommes très riches qui sont morts dans des conditions similaires. Elle pense plutôt à un poison indétectable, qui n’est pas sur la liste des soixante produits testés lors d’une autopsie. Il lui suffit maintenant de chercher la femme : blonde, la trentaine, fatale. Alexandra engage alors un bras de fer avec sa direction pour enquêter, mais comme sans doute c’est une femme, on lui dit de rester bien sage derrière son bureau et de pas faire perdre de temps aux forces de police. Après avoir vendu sa voiture pour 6000 dollars, Alexandra s’envole pour Hawaï en quête de la Veuve noire.

Quel film ! Je ne l’avais pas vu depuis des années et j’avais oublié à quel point il est bon, fort, ambiguë. Le face à face érotique entre Debra Winger et Theresa Russell est un grand moment de cinéma. Évidemment on pense à une sorte de décalque féminin du Limier (Sleuth) de Mankiewizc. Et c’est bien à une sorte de partie d’échecs que Bob Rafelson nous invite à suivre du regard. On notera la complexité des personnages, la Veuve noire n’étant pas seulement une femme qui tue des hommes âgés pour les dépouiller. Les seconds rôles ne sont pas en berne, Denis Hopper (en multimillionnaire du jouet), Nicol Williamson en riche anthropologue, Sami Frey en entrepreneur visionnaire.

La Veuve noire est un grand film, autrement plus fort que le Basic Instinct de Paul Verhoeven sorti cinq ans plus tard et dont il semble une des sources d’inspiration.