Anthropoid, Sean Ellis (2016)

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Prague 1942. Deux soldats tchèques, Jan Kubiš et Josef Gabcik, sont parachutés en Tchécoslovaquie pour assassiner Reynard Heydrich, numéro 3 de la hiérarchie nazie et père de la « solution finale ».

De l’opération Anthropoid, je ne connaissais que ce que j’en avais lu dans une bande-dessinée qui m’avait alors semblé très sérieuse sur le plan historique. Le film s’intéresse à l’assassinat d’Heydrich et à ses conséquences. Je ne vais pas spoilier, mais disons que c’est un long-métrage tranché en son mitan : avant / après.

Je ne suis pas un grand fan de films de guerre et je supporte de moins en moins les scènes de torture sur grand écran, donc je ne suis clairement pas bien « tombé » avec ce film… que je voulais voir principalement pour Cillian Murphy, un acteur que j’apprécie beaucoup, surtout quand il évite de travailler avec Christopher Nolan.

Le film a quelques qualités, il rend palpable l’horreur de l’occupation nazie, la peur, la paranoïa, l’humanité de ceux qui trahissent. Charlotte Le Bon y est magnifique ; elle illumine de sa présence chacune de ses scènes, même les plus anodines. Pour le reste, j’ai trouvé le montage anémique, la photo terne, la réalisation fadasse. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à la façon dont Jean-François Richet avait mis en scène la mort de Mesrine, et de comparer cette « mise à mort » avec l’attentat contre Heydrich tel qu’il nous est montré dans Anthropoid. La maestria de Roman Polanski dans Le Pianiste m’est souvent venu à l’esprit : un Polanski à la fois plus subtil et plus vigoureux dans sa cinématographie que Sean Ellis.

Quant à la fin du film, elle m’a rappelé John Wick 2, et ce moment passé de l’histoire du cinéma où celui-ci a commencé a flirter avec la grammaire visuelle des jeux vidéos de combat. Je ne connais rien aux First Personnal Shooter, mais John Wick 2 et dans une moindre mesure cet Anthropoid, ressemblent par moment à une partie de FPS ou du moins en reprennent certains codes de cadrage, mise en scène, position de caméra. Je n’arrive pas à croire que les soldats allemands qui ont affronté les soldats tchèques et les résistants impliqués dans l’opération Anthropoid pussent avoir été aussi bêtes, mal entraînés et maladroits que ceux qu’on nous montre à l’écran.

Les dernières scènes du film, tournées par un virtuose de l’action tel que Michael Mann ou Mel Gibson, auraient été probablement inoubliables.

Paradoxalement, Anthropoid m’a donné envie de voir HHhH de Cédric Jimenez, sur le même sujet, avec Jason Clarke dans le rôle d’Heydrich.

The Hollow point – Gonzalo López-Gallego (2016)

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A la frontière, le sheriff Leland (Ian McShane) abat un crétin qui trafiquait des munitions « copkiller » entre les USA et le Mexique. Ce n’était pas vraiment un cas de légitime défense et le shériff Wallace (Patrick Wilson) est envoyé sur place pour remplacer le vieil alcoolo. Mais 250 000 dollars ont disparu et le cartel n’a pas du tout l’intention de laisser passer ça. Par conséquent, ils envoient « le boucher » (John Leguizamo, moins survolté que d’habitude) régler son compte à quatre personnes dont les noms figurent sur une simple liste écrite à la main sur un minable bout de papier blanc.

De Gonzalo López-Gallego, j’avais été probablement la seule personne sur Terre à penser plutôt du bien de son Apollo 18 (sur la Lune, ils ont tous adoré). Et, avec ou sans surprise, comment dire ?, je pense encore plus de bien de son The hollow Point (à tel point que je me refuse à utiliser son minable titre « français » Desert Gun – et ta sœur, elle déserte Gump ?).

The Hollow Point est un petit noir, serré, plutôt une boisson d’homme ; a priori rien de nouveau sous le soleil du Nouveau-Mexique. Sauf que vers la quinzième minute, vous n’allez pas croire à ce qui arrive. Vous allez être bluffé (horrifié aussi) par une scène totalement inattendue et jamais vue, je pense, dans un film de ce genre (j’imagine la gueule des producteurs quand ils ont reçu le scénario de Nils Lyew : heu là, cette scène page 16, c’est du interdit au moins de 18 ans avec avertissement aux cardiaques et aux femmes enceintes ?). Bon, quand ce cher Gonzalo nous refait à peu près le même coup une demi-heure plus tard, ça marche certes moins bien, mais disons que la première action du Boucher est estomacante (adjectif colombien peu usité et à double sens ; une scène estomacante vous laisse sans voix et vous soulève le cœur jusqu’aux amygdales).

Le scénario est plein de petites trouvailles. La violence est aussi sèche que réaliste, et quand un personnage se prend une balle dans ce film, il ne court pas le marathon derrière pour poursuivre un voleur de bonbons.

Un polar atroce dans son exposition frontale de la violence des cartels, sans gras, sans grande ambition, aussi, mais plein de petites surprises, de trouvailles scénaristiques. Vous n’oublierez jamais la première confrontation du shériff Wallace avec le Boucher.

Après Bone Tomahawk, où il était excellent, je me dis que Patrick Wilson a l’art de choisir des « petits » films où son personnage en chie à mort. Ce garçon fort sympathique (et terriblement sexy, me souffle une voix féminine dans l’oreille gauche) doit être masochiste.

(Je suis partial, bien évidemment, en tant que grand fan de John Leguizamo. En tout cas, ça fait plaisir de le voir dans un autre rôle que celui du mexicain de service fast-talker déjanté, comme il l’a déjà fait 854 fois au cours de sa carrière, et notamment dans les deux John Wick).

 

Hitokiri – Le châtiment / Hideo Gosha (1969)

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Izo (Shintaro Katsu) est un paysan devenu samouraï pour le clan Tosa, un clan loyaliste au cœur d’intrigues politiques particulièrement sanglantes. Izo est une bête assoiffée de sang, de sexe et de saké. Plus yakusa que samouraï. Après chaque meurtre, après chaque massacre pour son maître Hanpeta Takechi (Tatsuya Nakadai, l’autre acteur fétiche de Kurosawa après Toshiro Mifune) il passe son temps en débauche avec « la prostituée Onimo » endettée à mort. Izo est doué au sabre, peut-être même imbattable, mais il est idiot, au point que certaines affaires délicates ne puissent pas lui être confiées.

Un jour, dans sa grande sagesse, Takechi l’écarte du meurtre planifié de deux magistrats liés au shogun. Mais Izo décide quand même de participer et, aveuglé par son ego et sa soif de sang, il commet l’irréparable.

De Hideo Gosha, je ne connaissais que l’excellent Goyokin (1969). Après avoir vu cet hallucinant Hitokiri, je n’ai plus qu’une envie : découvrir le reste de sa filmographie.

Hitokiri, c’est d’abord une brochette d’acteurs incroyables, dont l’écrivain Yukio Mishima dans le rôle d’un tueur ambiguë. Shintaro Katsu, lui, est connu pour avoir été Zatoïchi et Hanzo the razor, personnages récurrents du cinéma japonais (il avait une stature « colossale » au Japon). Nakadai a joué dans un nombre incroyable de chefs d’oeuvre, dont Goyokin, Après la pluie et Ran, excusez du peu.

Au-delà du casting irréprochable, le film s’impose comme un mélange de scènes de comédie, de scènes poignantes, de scènes d’action, de scènes d’horreur pure (je ne vais pas spoilier, mais si vous n’aimez pas voir le sang gicler et les blessures d’armes blanches en gros plan, abstenez-vous). On trouve même quelques scènes érotiques assez « délicates » : sous prétexte qu’il l’a bien payée, Izo, insatiable, force Onomi même quand celle-ci l’implore de la laisser dormir, car elle est épuisée. On pourrait évidemment écrire que c’est un film misogyne, mais ça n’a pas vraiment de sens, vu le contexte historique. La triste vérité, c’est que le film est probablement juste « réaliste » et qu’Izo est incapable de comprendre la vraie nature de ses sentiments.

Jusqu’auboutiste (mon dieu, la dernière scène, on se croirait chez Mel Gibson réalisateur), rythmé, profond, plein d’amour (si si), d’amitié, de combats au sabre (le premier sous la pluie est hallucinant) et de basses-manœuvres politiques, Hitokiri vaut plus qu’un coup d’œil.

 

Get Out – Jordan Peele (2017)

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Chris Washington est un brillant photographe. Après cinq mois de liaison avec Rose Armitage, celle-ci lui propose de rencontrer ses parents : Dean qui est neurochirurgien et Missy qui est psychiatre.  En chemin, les deux jeunes gens renversent un chevreuil. Le week-end ne commence pas très bien, surtout que Chris est mal à l’aise parce qu’il est noir et Rose blanche. Même dans l’Amérique post-Obama, une telle histoire d’amour ne va pas forcément de soi. Mais Chris n’est pas au bout de ses surprises, car les Armitage qui habitent une magnifique maison isolée, ont des domestiques noirs et semblent littéralement adorer tout ce qui est noir de peau.

Si vous ne voulez pas de spoilers : arrêtez votre lecture ici et sachez juste que c’est un très chouette film d’horreur/science-fiction (oui oui, science-fiction – car on y voit au moins deux sciences à l’oeuvre) avec de très bonnes scènes de comédie dedans.

[Critique avec spoilers]

Get out commence donc comme un remake contemporain du classique de Stanley Kramer : Devine qui vient dîner ce soir, où une jeune californienne présente son fiancé à ses parents : un brillant médecin, noir, veuf, plus âgé qu’elle, incarné par l’excellent Sidney Poitier, qui fut pour beaucoup dans le changement du statut de l’acteur noir dans le cinéma américain (regardez Dans la chaleur de la nuit, formidable polar social). La ressemblance s’arrête pourtant là, même si Get out parle évidemment de racisme, de préjugés, etc.

Dans un premier temps, le film est une habile comédie de mœurs, plutôt fine, subtile même, bien pensée, extrêmement bien filmée, qui prend le temps de développer ses protagonistes. Puis l’angoisse monte, et le film devient un film d’horreur paranoïaque où s’alternent scènes de comédie et scènes de tension, plus ou moins extrêmes. Dans un troisième mouvement, le film mord à pleine dents le territoire de la science-fiction, mais toujours avec cette alternance de scènes de comédie, portées par LiRel Howery, incroyablement drôle et juste, dans le rôle du meilleur ami de Chris (la scène dans le commissariat est à se pisser dessus). Ça fait beaucoup d’ingrédients pour un seul film, mais ça marche si on ne s’attarde pas trop sur les détails.

En fait Get out a un seul défaut notable : son scénario est construit pour ménager le suspens et/ou fabriquer un suspens artificiel. Deux scènes dénotent, la scène où Chris trouve les photos de Rose, cette scène shunte une explication façon « le méchant de James Bond vous explique », le procédé est louable mais reste un poil maladroit. La second écueil, plus problématique, vient à la fin avec la scène de préparation, décalée, des patients (je n’en dis pas plus), seul mécanisme scénaristique que Jordan Peele a trouvé pour produire une fois encore du suspense dans sa machine narrative et pour montrer frontalement les détails chirurgicaux, atroces, de l’opération qui attend Chris.

Bon, je ne dis rien de la dimension science-fictive parce qu’elle est principalement allégorique et donc à ranger dans la catégorie science=magie. C’est assez drôle, car elle rejoint tout un faisceau de réflexions de l’auteur australien Greg Egan (dont j’apprécie particulièrement les nouvelles, que j’ai relues pour le prochain Bifrost – le 88 consacré donc à Greg Egan).

Get out bénéficie d’un solide cast : Daniel Kaluuya est parfait dans le rôle de Chris, Allison Williams a le rôle le plus divers du casting et s’en tire bien, Caleb Landry Jones a l’air toujours aussi « malade »/malsain. (Commentaire sexiste pur, mais dans les limites de la décence : Erika Alexander est magnifique).

Un brin manipulateur, Get out n’est pas un film parfait, mais il ne faut pas s’en priver pour autant.

Money Monster – Jodie Foster

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Lee Gates (George Clooney, ahurissant) est un odieux personnage, égocentrique, présentateur de télévision, vedette toute-puissante d’une émission sur Walt Street qui ressemble davantage à un concours de t-shirt mouillés en Floride qu’à la bourse telle que nous l’expliquait jadis France Info :  «Bonjour, ici JeanPierre Gaillard, en direct de la Bourse de Paris.» Donc Gates (et sa productrice incarnée par Julia Roberts) en fait des tonnes : stripteaseuses, gants de boxe, extraits de film d’horreur des années 50. Et, pour couronner le tout, il a des liens pas forcément très sains avec les patrons dont il vante les mérites (toute ressemblance avec le personnage de Jack Barron inventé par Norman Spinrad en 1969 est évidemment totalement fortuite, mais quand même, par moments on se dit que… peut-être…).

Lee Gates est tombé amoureux d’un patron : Walt Camby (Dominic West, visqueux comme il sait si bien faire), pas amoureux gay refoulé, je te sucerai bien le gros oretil trempé dans le champagne, non plutôt, amoureux d’avoir les poches pleines au point de craquer. Lee regarde Walt avec des $ dans les yeux. Donc il conseille sans retenu le fonds Camby, à la télévision, devant des millions de personnes, en forçant un poil le trait, juste un poil (enfin, vous voyez le tableau, comme on dit en réunion commerciale : il en met plein les murs). Jusqu’au jour où l’action chute de 75$ à 8,50$, ruinant un certain nombre de personnes. Dont une assez stupide pour avoir mis toutes ses économies dans le même panier (ne faites jamais ça !).

Kyle Budwell (Jack O’Connell) a la rage, et c’est pistolet au poing qu’il débarque en plein direct de l’émission pour comprendre comment un fonds, vanté plus sûr qu’un plan d’épargne par Lee Gates, a pu s’évaporer à hauteur de 800 millions de dollars.

Si vous cherchez un film sur la finance du niveau de The Big Short, Le loup de Wall Street ou Margin call, passez votre chemin. Money monster n’est pas un film sur la crise des subprimes. L’intrigue, le pot-aux-roses est ici secondaire (c’est d’ailleurs sans doute la faiblesse la plus notable du projet).  Jodie Foster s’intéresse plutôt aux femmes et aux hommes : elle dresse le portrait de gens aux priorités totalement divergentes, elle montre la porosité entre le spectacle et la vérité. Money Monster est un film sur la collusion. Sur l’ivresse du pouvoir, de l’argent, de l’ego. C’est aussi le portrait extrêmement réussi d’un homme, Lee Gates, qui comme tout ces gens de la finance refuse de voir les hommes et les femmes de chair et de sang, ruinés, minés, licenciés, par les catastrophes boursières. Ces gens qui ne s’en remettront pas, ou même difficilement. Le casting est impeccable. Une fois de plus, Julia Robert (49 ans) est impériale. La mise en scène, le montage sont très réussis. Jodie Foster, derrière la caméra, c’est épatant. J’attends maintenant avec impatience l’épisode de Black Mirror qu’elle a réalisé, le premier de la quatrième saison.

Avec Money monster, Jodie Foster se place comme digne héritière de Sidney Lumet, on pense à son Network (1976). Ah si elle pouvait continuer sur cette lancée…

Vigilante – William Lustig

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[Critique avec spoilers]

Eddie Marino (Robert Foster) est un réparateur de machine outil. Dans le cadre de son travail, il côtoie Nick (Fred Williamson, légende vivante du b-movie, culte, grindhouse et parfois Z) qui a mis sur pied un petit groupe de « vigilante » des vengeurs qui se substituent à la police (débordée, incompétente, trahie par les juges). Un drame touche Eddie, son très jeune fils est tué par des voyous et sa femme est sérieusement blessée.

Vigilante (que je n’avais pas vu depuis vingt ans, sans doute) est un film très étrange. Il suit tout un tas de films sur le même sujet (l’auto-défense) dont évidemment Un justicier dans la ville (1974) avec Charles Bronson. Mais d’autres, plus ou moins connus, comme Le droit de tuer de James Glickenhaus (1980). Ou, chez nous, Tir groupé (1982) avec Gérard Lanvin (film dont la scène d’ouverture traumatisa toute une génération ou presque – et qui renvoie bien des années plus tard à Irréversible de Gaspard Noé). Donc Vigilante est douteux dès le départ, ressemblant à un film d’exploitation, sur un sujet qui ne s’y prête guère. Mais Vigilante surprend a plusieurs niveaux et il a des qualités indéniables (et tout autant de défauts… indéniables). Le côté quasi-documentaire de certaines scènes est très troublant. Le côté réaliste des poursuites en voiture, poursuite à pied, scènes d’action, renforce évidemment ce côté « réaliste »… et en même temps le scénario ne l’est pas, réaliste, il sert une volonté (pas une thèse) mais une volonté de montrer quelque chose : des citoyens brisés par une justice qu’ils ne comprennent pas, dont ils ne comprennent pas les rouages – une justice qui rime avec flagrante injustice. Cette volonté est intéressante, elle fait réfléchir, elle tire le film vers le drame. Le problème c’est que le scénario dérape à un moment vers la satire/la démonstration par l’absurde (alors que le sujet ne s’y prête). Le mécanisme qui met Eddie en prison pour trente jours et l’assassin de son fils en liberté, ce mécanisme est maladroit. Outré, il nous sort du réel. C’est sans doute possible, mais c’est « gros », comme la scène au tout début où le policier idéaliste met en garde Nick et ses amis vigilante devant Eddie, dans un bar bondé : « je sais ce que vous faites ».

Le film surprend aussi par sa construction ; il y a deux histoires en parallèle dans Vigilante : celle d’Eddie et celle de Nick, ces deux histoires divergent, se complètent, et évidemment finissent par se rejoindre, mais ça aurait pu être encore plus fort si le réalisateur avait choisi entre film d’action « d’exploitation » et drame. L’aspect action manque un peu de mordant (elle pâtit de sa dimension documentaire) et l’aspect drame n’est pas assez poussé/réaliste (on imagine le bordel réel que créerait le meurtre d’un enfant de quatre ans par un groupe de voyous, même dans les mauvais quartiers de New York).

William Lustig n’est pas un grand cinéaste ; on lui doit Maniac (1980), film de serial killer sans grand intérêt qui doit son statut culte à l’époque où il est sorti (et à son traitement fauché/craspec inspiré de Massacre à la tronçonneuse – 1975), Vigilante (1983) donc, Maniac Cop (1988) une série B tournée à l’arrache avec un casting plutôt plaisant (Tom Atkins, Bruce Campbell, William Smith), friandise pour esprits pervers, et un Psycho killer (1989), dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Contrairement à Abel Ferrara qui a un début de carrière comparable (Driller Killer, L’ange de la vengeance), donc un film de serial killer craspec puis un rape&vigilante, Lustig n’a pas su s’élever et proposer des œuvres plus ambitieuses.

Si on s’intéresse à la façon dont la justice est mise en scène par le cinéma américain, Vigilante vaut le coup d’œil, en tout cas c’est une curiosité, statut renforcé par son positionnement action/drame un peu bâtard.

Un an plus tard, sortait La nuit des juges de Peter Hyams, qui n’est certes pas un grand film, s’inspirait sans doute trop de Magnum Force (1973), mais allait nettement plus loin en termes de réflexion sur la justice.

 

I’ll follow you down / Le chemin du passé

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Un scientifique de haut-vol (Rufus Sewell), disparaît peu après son arrivée à Princeton. A l’aéroport de Toronto, sa femme (Gillian Anderson) et son fils Erol l’attendent, puis le cherchent, essayent de comprendre le mystère de cette disparition. Douze ans plus tard, Erol (Haley Joel Osment), devenu un brillant étudiant en physique, retrouve la trace de son père, dans un journal de 1946 : il a été assassiné dans une ruelle.

I’ll follow you down est un film de science-fiction sans effets spéciaux, sans explosions, sans fusillades à la con. C’est loin d’être un film parfait, mais il compense ses petites faiblesses budgétaires (et scénaristiques) par une galerie de personnages « réels », complexes, vivants.

Erol est supposé être un génie et j’avoue que la façon dont il résout tous les problèmes que pose le voyage dans le temps de son père est tellement inattendue que ça m’a laissé comme deux ronds de flanc. Tout le film semble construit pour arriver à cette scène, ce climax. Et, ma foi, sur ce plan, c’est très réussi.

Moins frappadingue que l’excellent Safety not garateed de Colin Trevorrow, moins romance à l’eau de rose que Quelque part dans le temps, moins tire-bouchonné que Primer, I’ll follow you down est un chouette petit film de SF qui mérite qu’on lui donne sa chance. Il contient d’excellentes idées de SF, mais ce n’est pas là où il excelle, c’est un film qui nous montre cruellement à quel point il est difficile de concilier deux vies qu’on souhaite évidemment réussies: sa vie personnelle et sa vie professionnelle.

 

A monster calls / Quelques minutes après minuit

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Un petit garçon, trop vieux pour être enfant, encore trop jeune pour être un homme, fait un cauchemar à minuit et sept minutes. Ainsi l’histoire commence, avec une église qui s’effondre et un arbre monstrueux (Liam Neeson, pour la voix en VO) qui va bientôt lui raconter trois histoires. L’enfant devra conclure par une quatrième histoire : la sienne, la vérité.

Waouh !

Non ?

Si si.

Waouh !

Franchement, je cherche un défaut à ce film, mais là je ne vois pas (ou il me faudrait être d’une horrible mauvaise foi et pinailler sur une pointe de pathos en trop ici, un monstre qui ressemble trop à un ent là – mais, ne pinaillons pas ! le film est waouh !). On est transporté par l’émotion. Les effets spéciaux (une bonne moitié du film) sont enfin utilisés intelligemment pour raconter quelque chose de profond et non pour en mettre plein la vue.

Il y a des scènes magnifiques de justesse, des scènes qui font rire, des scènes qui vous nouent le cœur, et des scènes qui vous font pleurer tout le sel de votre corps. Expliquer pourquoi ce film est formidable ce serait détruire sa force : essayez de le voir en en sachant le moins possible à son sujet.

Waouh !

A voir ABSOLUMENT en VO pour profiter de la voix profonde de Liam Neeson. Et un dernier petit conseil : regardez attentivement les « photos familiales » chez la mère et la grand-mère, vous aurez peut-être une étrange surprise…

 

PS : De Juan Antonio Bayona, j’avais vu L’Orphelinat que je possède en DVD quelque part dans ma montagne aux trésors (vite, ma pioche ! mon royaume pour une pioche !), mais je n’en ai aucun souvenir, aucun. Une « seconde chance » s’impose.

 

A Cure for Wellness / A Cure for Life

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Un jeune col blanc de Wall Street (Dane DeHaan, parfait dans le rôle) est envoyé dans un sanatorium de Suisse pour récupérer M. Pembroke, le patron de sa firme qui doit signer d’importants papiers avant que l’action ne s’écroule définitivement. Dressé au sommet d’une colline, comme le château de Frankenstein, comme le château du comte Dracula, avec un village à ses pieds, le sanatorium est dirigé par le docteur Volmer (Jason Isaacs, fidèle à lui-même – donc impeccable d’une certaine façon). Alors que Pembroke n’est pas décidé à rentrer à New York, Lockhart (le jeune col blanc) découvre un endroit de plus en plus inquiétant. Un terrible accident de voiture, sur le chemin du village, l’oblige à rester malgré lui au sanatorium. Ce n’est pas très important, lui dit-on : personne n’a jamais voulu en partir. Car ici tout le monde est heureux.

A Cure for Wellness est une étrange salade composée de Frankenstein, du Cauchemar d’Innsmouth et de certains ressorts narratifs chers à l’écrivain Ira Levin. Le tout placé dans une Suisse ensoleillée où Rammstein entre en collision avec une médecine steampunk, très XIXe siècle parallèle. Rajoutez à cela une durée inconcevable de 2H26 et, a priori, vous avez tous les ingrédients pour un pot-pourri… plus pourri qu’autre chose. Eh ben, non, ce n’est pas si simple. D’abord A Cure for Wellness est un film d’horreur, un vrai, et donne parfois l’impression d’être le film d’horreur le plus cher de l’histoire du cinéma. Dire que les décors sont réussis est un euphémisme. Tout y est baroque, grandiloquent, mais aussi steampunkisant. Souvent étonnant, sur le simple plan esthétique (il y a des idées à la Terry Gilliam dedans, le Terry Gilliam de Brazil / L’Armée des douze singes). C’est aussi un film « pour adultes », avec des thèmes extrêmement ambigus voire perturbants : inceste, expérimentations scientifiques (avec d’inévitables réminiscences nazies), exploitation du mal-être. Et des scènes à l’avenant : masturbation, nudité (principalement de personnes âgées), menstrues et j’en passe (je ne veux pas spoilier les deux scènes à la limite du soutenable) . J’avoue que je ne m’y attendais pas, pas dans un film à quarante millions de dollars de budget. Effet de surprise garanti. La mise en scène est volontiers impressionnante – on pense au Shining de Kubrick, excusez du peu. Et le film est traversé par un humour tordu, érudit. Tout ça est plein de clins d’œil, de portes dérobées, de petits coups de coude littéraires dans les côtes, etc.

Le résultat final est certes trop long (2h26 ! Sérieux ?), mais la richesse de l’ensemble compense en grande partie sa longueur. Et si le réalisateur cède à certaines facilités (Jason Isaacs dans le rôle du « méchant » de service), il rend hommage à un cinéma américain « adulte » qu’on croyait perdu corps et âme. Et à un cinéma Hammer&co qui n’a jamais eu autant de moyens financiers.

Une dernière chose m’a frappé, les meilleurs films « lovecraftiens » sont presque toujours ceux qui abordent l’univers de Lovecraft d’une façon oblique ou détachée, comme L’antre de la folie de John Carpenter (un des rares scénarios du producteur Michael de Luca). Même s’il est situé en Suisse et ne contient aucun Grand Ancien (en dehors du Capital), A Cure for Wellness devrait plaire aux fans de Lovecraft.

Split, M. Night Shyamalan

split

Un homme (James McAvoy) kidnappe trois jeune filles sur un parking, puis les séquestre. Peu après, des personnalités dissociées de cet homme (qui en possède 23, tant qu’à faire) envoient des emails à leur thérapeute le Dr Fletcher, des appels à l’aide. La Bête est sur le point d’être invoquée.

[Attention spoilers majeurs plus avant!]

A aucun moment, je n’ai réussi à rentrer dans ce film [par contre, j’ai beaucoup pouffé, c’est aussi une façon d’apprécier le spectacle].

Les réactions des trois jeunes filles me semblaient totalement illogiques (au moins une d’entre elles est chaussée de chaussures à talons aiguille, dont on sait que l’accessoire comporte une tige en acier pour supporter le poids d’une américaine, et aucune d’entre elles n’imagine d’utiliser l’objet comme arme – enfoncé jusqu’au cerveau, à travers le globe oculaire par exemple). Quand elles prévoient d’allier leurs forces pour maîtriser le kidnappeur, Casey dissuade les deux autres. Au début du film, cette même Casey a tout le temps de s’élancer hors de la voiture et d’appeler à l’aide pendant que l’identité Dennis gaze ses deux copines ; elle ne le fait pas. L’une d’elle pourrait essayer de séduire Dennis avant de lui tordre/mordre/arracher (ou que sais-je) les testicules, mais non, on va plutôt attendre.

Dennis est obsessionnel de la propreté, mais il laisse les trois filles dans le même endroit, et laisse à l’une d’elles ses chaussures à talons. Pour quelqu’un de si méticuleux, il n’a pas beaucoup réfléchi aux contraintes d’un triple kidnapping.

Quand l’identité Hedwig, sept ans, fait surface, Casey se sert de l’occasion davantage pour comprendre la situation que pour s’échapper. Son comportement nous est expliqué par un tas de flash-backs, mais c’est quand même dur à avaler. Selon la thèse du film, Hedwig a la force d’un enfant de sept ans, c’est sans doute le bon moment pour lui défoncer le crâne. Mais Casey ne pourrait pas faire une chose pareille.

Trois jeunes filles ont disparu (un événement de portée nationale) et le Dr Fletcher ne fait pas le lien avec les tombereaux d’emails qu’elle reçoit.

La police/FBI est totalement absente du film, on ne trace pas les téléphones portables, on ne cherche pas la voiture, on ne passe pas au peigne fin la liste des délinquants sexuels répertoriés, on ne regarde aucune caméra de surveillance, etc. Vaut mieux être kidnappé en France.

Et puis le film bascule dans le fantastique ; c’est clairement la meilleure idée du film, sauf qu’il faudrait être dans le bain pour que ce basculement ait un réel impact. Sur moi, il n’en a eu aucun, ou plutôt : « ah, c’était une chouette idée, dommage que ce soit M. Night Shyamalan qui l’ait eue. »

La performance de James McAvoy sent tellement la performance (panneaux clignotants, gyrophares, sirène – une scène sur deux) que je l’ai trouvée franchement plus drôle qu’inquiétante. Regardez regardez comme je fais bien l’enfant de sept ans, regardez maintenant je porte une robe et des talons hauts. Il y avait tout un truc – plus subtil – à faire sur le rituel des changements de vêtements, Shyamalan passe à côté. 

Bon, et la cerise sur le gâteau, c’est la dernière scène avec Bruce Willis. Ah ah ah !