Miss Sloane, John Madden (2016)

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Elizabeth Sloane (Jessica Chastain) est une lobbyiste. Elle est payée pour faire changer les sénateurs d’opinion sur les lois qu’ils vont voter. Elle peut très bien défendre les intérêts de l’Indonésie (le commerce de l’huile de palme) comme ceux du peuple américain. Contactée par le puissant lobby des armes à feu pour féminiser le mouvement et faire de l’américaine moyenne une acheteuse d’arme potentielle qui prend sa sécurité en mains (armées), Sloane refuse et claque la porte de la puissante firme pour laquelle elle travaille. Engagée par la concurrence, Sloane se jette corps et âme (vous savez ce truc sans valeur qu’on vend parfois au Diable) pour défendre un projet de loi sur le contrôle des armes, une loi que tout le monde pense perdue d’avance.

Dire que Jessica Chastain est impressionnante dans le rôle d’Elizabeth Sloane est un peu court. Sa prestation vaudrait amplement une tirade aussi roborative que la tirade du nez de Cyrano. Donc, elle est splendide, renversante, parfois terrifiante dans son manque d’empathie. Elle sait sentir à quel point son personnage est pathétique, quand il requiert la compagnie de prostitués du genre « 100 kilos de barbaque montés sur burnes en acier ».

Le film est bluffant de bout en bout, notamment dans l’intelligence de ses choix (il était bien plus facile de faire de Sloane la « méchante » à la solde du lobby des armes que d’en faire la « méchante » partisane d’un meilleur contrôle de la vente d’armes à feu sur le sol américain). Sloane est une vraie hyène et le paye au prix fort, addiction aux excitants, insomnies, sexe tarifé, aucune vie de famille, rien qui ressemble à un ami homosexuel ou à une copine-shopping. Elle bosse, elle manipule, elle ment, elle dort très peu, elle complote, elle met les mains, et volontiers les bras, dans les poubelles de la concurrence, et elle utilise des méthodes franchement illégales que découvre son patron (Mark Strong, excellent lui aussi), pour le moins effaré. Et si ça ne suffit pas, elle vous écrase, vous sacrifie, vous exploite. Pour gagner. Car elle a un rapport pathologique à la victoire.

Miss Sloane est construit comme un tour de magie.

 » Chaque tour de magie comporte trois parties ou actes. Le premier s’appelle la promesse. Le magicien vous présente quelque chose d’ordinaire : un jeu de cartes, un oiseau ou un homme. Il vous le présente. Peut-être même vous invite-t-il à l’examiner afin que vous constatiez qu’il est en effet réel, oui, intact, normal. Mais il est bien entendu loin de l’être.
Le deuxième acte s’appelle le tour. Le magicien utilise cette chose ordinaire pour lui faire accomplir quelque chose d’extraordinaire. Alors vous cherchez le secret. Mais vous ne le trouvez pas parce que bien entendu vous ne regardez pas attentivement. Vous n’avez pas vraiment envie de savoir. Vous avez envie d’être dupé.
Mais vous ne pouvez vous résoudre à applaudir parce que faire disparaître quelque chose est insuffisant encore faut-il le faire revenir.
C’est pourquoi pour chaque tour de magie, il existe un troisième acte. Le plus difficile. Celui que l’on nomme : le prestige. « 

La magicienne c’est Sloane, la chose ordinaire c’est une loi dont le vote est perdu d’avance, la chose extraordinaire, c’est que l’opinion publique bascule (ce qui est déjà perçu comme une victoire en soi), mais le basculement de l’opinion n’implique pas une victoire au sénat. Ça ne suffit pas à Sloane. Reste le troisième acte, le plus difficile…

Miss Sloane a été un désastre au box-office américain : 3,4 millions de dollars de recettes pour 15 millions de dollars de budget estimé. C’est évidemment consternant. Ce film, qu’on peut rapprocher de Spotlight pour son ambition, la qualité de son interprétation et son intelligence globale, est plus que recommandable.

(C’est amusant à relever : le film contient un minuscule élément de science-fiction qui laisse supposer qu’il se déroule dans un futur très proche, visuellement indiscernable de notre présent.)

 

13 hours, Michael Bay (2016)

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Alors qu’il est en déplacement à Benghazi, l’ambassadeur des USA, très peu protégé, est attaqué par une foule armée. Stationnés à proximité, dans une base secrète de la CIA, six agents de sécurité privés, sous contrat avec la CIA, décident de lui venir en aide.

Michael « Transformer » Bay à la réalisation, les gentils américains héroïques contre les méchants musulmans, forcément fourbes, qui se ressemblent tous (un peu comme les Chinois), le projet avait un certain potentiel.

Peu après No Pain no Gain, Michael Bay me bluffe à nouveau. 13 hours est hallucinant de bout en bout. La réalisation, le montage, les acteurs qui jouent des mercenaires, les scènes d’action nocturnes. Tout est impressionnant. On embarque pour 2h20 à couper le souffle. Bay ne tombe dans aucun des pièges habituels de ce type de film, il n’insère pas un segment de comédie WTF dans le drame comme Ridley Scott avec Black Hawk Down (auquel 13 hours rend d’ailleurs un hommage limpide).  Il livre un film constamment en tension, au bord de la rupture, contrairement à Kathryn Bigelow sur Zero Dark Thirty sans doute coincée par l’équivalent du secret défense.

Étonnamment, 13 hours est plutôt un appel à la tolérance et très critique envers l’attitude des USA à l’étranger (ou plutôt les méthodes de la CIA). La fin, très réussie, dépasse allègrement les « faits de bravoure » pour poser de bonnes questions.

On ne peut pas interdire à Michael Bay de tourner des Transformers, mais franchement il faudrait.

 » Tous les dieux, tous les enfers, tous les paradis sont en nous. « 

 

The Monster, Bryan Bertino (2016)

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Une mère indigne (alcoolique, qui fume en permanence, couche avec des pov’types violents) emmène en voiture sa fille Lizzy chez son père, dont elle est séparée. Elle en est sûre, sa fille ne reviendra pas. C’est une sorte de voyage d’adieu. Sur la route, elles percutent un loup et accidentent leur voiture. Mais leur portable fonctionne (ce qui est souvent rare dans un film d’horreur contemporain) et elles appellent les secours qui arrivent sous la forme d’une dépanneuse. Une ambulance est aussi en chemin. Seul problème, ce n’est pas l’accident qui a tué le loup, c’est une bête sauvage. Une bête jusque là inconnue (croisement improbable entre un ursidé, un loup-garou qui a abusé de crème dépilatoire et un poisson carnivore très méchant – pour les dents).

Il y a en gros trois façons de réussir un film de monstre : créer un monstre fascinant, mettre en scène des antagonistes / victimes attachantes, mélanger les deux, ce qui est sans doute la voie royale. On se souvient plus volontiers de Freddy Krueger que des ados qu’il décime, pareil pour Jason. On se souvient bien du Predator, mais aussi de Schwarzy et de ses potes mercenaires. Des figures fortes de monstres ou d’humains opposés à icelui.

The Monster est davantage un film raté qu’un navet (même si ça sent souvent le navet). Il y a un vrai propos (sur ce que les enfants attendent de leurs parents), propos ambitieux et donc souvent absent des navets. Mais le monstre du titre n’est pas fascinant (il est montré trop tôt / trop exposé / franchement ridicule côté maquillage/effets spéciaux). Quant à Kathy, la mère (interprétée par Zoe Kazan), elle est d’une idiotie insondable. Dès qu’il y a une décision débile à prendre, vous pouvez être à peu près sûr qu’elle va la prendre, non sans expliquer à sa fille que c’est évidemment « la seule chose à faire ». Son personnage pourrait être intéressant (une mère débile et indigne, pourquoi pas), mais il souffre aussi des idioties du scénario. Quant à Lizzy, la fille, son évolution psychologique est tellement improbable qu’on n’y croit pas (il est normal d’avoir envie de pouffer au moment où elle achève sa métamorphose psychologique). La bête attaque toujours au moment le plus opportun (d’un point de vue scénaristique), puis délaisse sa proie, on ne sait pas trop pourquoi, puis ré-attaque. Des fois, elle peut faire un truc, des fois elle ne le peut pas. Sans trop spoiler, la dernière partie, l’affrontement, atteint des sommets de débilité/maladresse scénaristique. L’auteur a écrit un scénario avant de créer un monstre, il a écrit une mécanique avant d’édicter les lois monstrueuses qui doivent faire tourner cette mécanique. C’est limpide dans la « scène de l’ambulance » qui est d’une bêtise absolue.

Un autre point m’a gêné, alors qu’il serait plutôt « positif », The Monster est un hommage (volontaire / involontaire ? / par percolation) à l’oeuvre de Stephen King. Tout un passage du film rappelle une scène emblématique de Cujo. Avec son chien en peluche qui chante, Lizzy, la fille, est un personnage kingien, presque jusqu’à la caricature.

The Monster est trop mal écrit pour susciter l’indulgence du fan de film d’horreur qui en mangent treize à la douzaine. Mais Bryan Bertino a un certain savoir faire en matière de suspense, de tension. Le placement de ses flash-backs, leur tonalité, montrent qu’il a aussi un vrai sens du montage.

Ce n’est pas forcément un mauvais réalisateur, mais c’est un piètre scénariste qui avait besoin d’un meilleur département pour les effets spéciaux. En évacuant toute la possible mythologie de son monstre, il a créé un moteur narratif assez vain, une bête qui attaque quand ça lui chante, trop mécanique/simpliste pour marquer longuement les esprits. On se souvent de Michael Myers, le tueur d’Halloween, parce que le Dr Loomis (Donald Pleasence) nous raconte son histoire, lui offre bien malgré lui une dimension mythologique.

Message from the king, Fabrice du Welz (2016)

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Jacob King, chauffeur de taxi originaire du Cap en Afrique du Sud, arrive à Los Angeles avec 600 dollars. Il cherche sa sœur Bianca. Il ne tarde pas à la retrouver à la morgue. Commence alors une enquête qui va le plonger dans les entrailles nauséabondes de la cité des anges. Ou plutôt de la cité des pervers.

Message from the king est un petit film policier à l’ancienne. Malgré ses racines scénaristiques sud-africaines, il n’a pas l’ampleur de l’excellent Zulu de Jérôme Salle, on est plus près du Hardcore de Paul Schrader (1979). Et c’est plutôt un bien, tant ce genre de drame policier « réaliste », ou disons à hauteur de trottoir, dans la déchéance humaine et les immondices, a tendance à disparaître au profit de films toujours plus spectaculaires et donc très souvent idiots avec leur bodycount gargantuesque. Le long-métrage de Fabrice du Welz n’est pas sans défaut : il y a une ou deux facilités scénaristiques (notamment une scène avec Teresa Palmer), Alfred Molina joue comme une outre percée (je le trouve rarement mauvais, mais là c’est le cas). Chadwick Boseman est impressionnant de bout en bout, et le Jacob King qu’il incarne crève l’écran. Luke Evans est très bon en dentiste magouilleur. Teresa Palmer fait un peu tapisserie et son personnage a été passablement sacrifié pour garder au film son incroyable énergie.

Ce n’est pas parfait, mais c’est quand même très solide. Les scènes de baston, notamment à la chaîne de vélo, sortent de l’ordinaire. Le tout confirme l’extraordinaire potentiel que je perçois en Fabrice du Welz depuis son très étrange mais très bon Vinyan (un film qu’il faut absolument voir deux fois, comme Le cri du sorcier de Jerzy Skolimowski).

Black Mirror – saison 4

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1 – USS Callister

Robert Daly (Jesse Plemons) est le cofondateur de Callister, une boîte spécialisée en réalité virtuelle qui vend le jeu/environnement Infinity. Peu avant Noël, une jeune femme récemment embauchée fait la connaissance de Robert et lui fait part de son admiration personnelle. Peu de temps après, le double virtuel de cette jeune personne (vous suivez ?) se retrouve prisonnier de la version privée de Daly, une sorte d’hommage à Star Trek où Daly est l’équivalent du capitaine Kirk.

Même s’il est agréable à regarder, cet épisode a deux gros défauts : 1/ Jouer sur l’univers des fans de Star Trek après Galaxy Quest de Dean Parisot fait un peu réchauffé (surtout que le film de Dean Parisot semble encore aujourd’hui insurclassable)  2/ l’épisode est basé sur une extrapolation scientifique difficile à avaler (je ne vois pas très bien comment avec un échantillon d’ADN on crée un double virtuel parfait).

2 – Arkangel

Distraite un simple moment, Marie (Rosemarie DeWitt) manque de perdre sa fille Sara au parc. La gamine a suivi un chat et a manqué de se faire écraser par un train. Inquiète pour sa fille, Marie accepte donc de faire l’essai gratuit d’une nouvelle technologie : Arkangel. On insère un implant dans le cerveau de Sara, ce qui permet à Marie de la suivre partout, de voir ce que sa fille voit et de brouiller ce qui pourrait lui faire peur. Ce que Marie refuse de comprendre, c’est que l’implant a un effet (négatif) sur le développement émotionnel de Sara.

Réalisé par Jodie Foster, Arkangel est un épisode très fin sur le plan psychologique. Il commence comme une nouvelle de Greg Egan et finit en chronique des années adolescentes difficiles, non sans perdre de vue l’impact de la technologie dans nos vies.

C’est de la fiction spéculative de haut-vol. Très bon et sur le plan psychologique et sur le plan SF. C’est aussi un épisode à la réalisation extrêmement soignée / réussie avec des ellipses d’une très grande force. Les acteurs sont épatants, Rosemarie DeWitt bien sûr, mais aussi Nicholas Campbell qui joue le rôle du grand-père de Sara.

Cet épisode rappelle – aussi – à tous les parents que la peur fait partie des émotions qui participent au développement des enfants et qu’ils ont donc besoin d’avoir peur pour mieux appréhender leur environnement mais aussi les aléas de la vie. A trop les protéger/ soutenir / accompagner on ne les aide pas.

3 – Crocodile

Un couple de jeunes gens, bourrés / défoncés, renversent un cycliste et le tuent. Ils lestent le corps dans un sac de couchage et le jettent dans un lac, avec son vélo. Quinze ans plus tard, le conducteur a cessé de boire, il a des remords, il veut écrire une lettre anonyme. Sa complice est devenue une architecte à succès ; elle fera tout pour garder sa vie et sa position sociale. Le problème c’est que dans cette société on peut avoir accès à votre mémoire pour les besoins d’une enquête. Et qu’il va y avoir une enquête ; toutefois, pas celle que l’on croit.

Les décors (l’Islande) et la réalisation sont sublimes. Andrea Riseborough et Kirian Sonia Sawar sont très convaincantes (leur face à face m’a rappelé le face à face de L’Homme démoli d’Alfred Bester). Mais le scénario est très difficile à croire, notamment à cause des histoires de caméras de sécurité, de téléphone portable (géolocalisation, etc), de GPS du camion de pizza automatisé. C’est un épisode sur la société de surveillance future qui semble oublier qu’elle existe déjà. Ou alors l’épisode est volontairement ironique (en sus de sa conclusion fort ironique) et là c’est sans doute trop subtil pour moi.

Comme mon père dit toujours : «  Méfiez du meurtre, il conduit au mensonge et à la dissimulation. »

4 – Hang the DJ

Par l’entremise d’un programme de rencontres Frank et Amy ont rendez-vous dans un très chouette restaurant (où il n’ont toutefois pas la liberté de commander ce qu’ils vont manger et semblent surveillés en permanence). Ils n’ont que douze heures à passer ensemble dans un cottage top moumoute. Ils ont le coup de foudre mais ne font pas l’amour. Ils se séparent sur quelque chose d’irrésolu. Le programme met en suite Frank en couple pour un an avec une jeune femme avec qui il n’a rien en commun. Amy, elle, est mise en couple avec un homme séduisant, certes beau, mais du genre tête-à-claques qui va très vite l’ennuyer. Puis le programme remet Frank et Amy ensemble. Amy fait alors promettre à Frank qu’il ne va pas regarder le compte à rebours que chacun peut révéler (la coutume est plutôt de le révéler ensemble au tout début de la rencontre). Combien de temps vont ils rester ensemble cette fois-ci ?

Un épisode très réussi qui m’a fait penser à San Junipero (dans la saison 3). Amy (Georgina Campbell) est craquante à souhait. Son langage volontiers ordurier est bien vu. On sent une véritable alchimie entre les acteurs qui forment le couple ; ce qui est loin d’être souvent le cas au cinéma. Les nombreuses scènes de sexe sont bien vues et/ou hilarantes.

Excellent.

5 – Metalhead

Dans un monde désolé, trois personnes s’introduisent dans un entrepôt pour récupérer une boîte bien particulière. Un robot-sentinelle les attaque, tue les deux hommes et se met à traquer la femme.

Metalhead est sans aucun doute l’épisode le plus aride de cette quatrième saison. Une femme traquée par un robot-tueur autonome. Le tout filmé en Noir & Blanc dans les landes du Devon.

Si le réalisateur fait passer à merveille le sentiment de tension, le monde décrit n’est pas très réaliste, tout comme la motivation des protagonistes. La chute ironique de l’épisode se révèle comme son plus grand défaut logique. On sent qu’elle est surtout métaphorique : la mort de toute innocence.

Un exercice de style plutôt réussi mais un peu vain.

6 – Black Museum

Une jeune femme roule dans le désert et s’arrête près du Black Museum de Rolo Haynes pour recharger la batterie électrique de sa voiture vintage. Elle a trois heures à tuer, pourquoi ne les utiliserait-elle pas pour visiter le Black Museum de Rolo Haynes. Un musée dévolu au crime dans lequel se trouve des tas d’objets bizarres et une attraction d’un goût très douteux.

La quatrième saison de Black Mirror se termine avec un épisode assez fourre-tout où Charlie Brooker se prend (malheureusement) pour Steven Moffat. S’il y a de bonnes idées, tout le passage avec le personnage de Carrie notamment, l’épisode part dans tous les sens et sa tonalité Tongue In Cheek / outrée le rend particulièrement lourd, voire indigeste.

Une conclusion décevante ; on a connu Charlie Brooker plus fin.

Pandémie, Kim Sung-su (2013)

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Un container plein de cadavres arrive en Corée. Un seul des immigrés clandestins a survécu. Il réussit à s’enfuir dès que le conteneur est ouvert. Les passeurs exposés à une souche mutée de la grippe aviaire (qui ressemble ici plutôt à Ebola – passons) partent à la poursuite du survivant et contaminent la population coréenne.

Dans le même temps, le destin d’un beau secouriste très viril se trouve intimement mêlé à celui d’une doctoresse tête-à-claques et de sa fille du même tonneau.

Kim Sung-Su est le réalisateur de La Princesse du désert (2001), un film d’action coréen vaguement historique mais proprement hallucinant, qui fut à l’époque le film le plus coûteux de l’histoire du cinéma coréen et rencontra un succès modéré, ce qui participa à plonger le réalisateur aux oubliettes quelques années (il n’a rien tourné entre 2003 et 2013).

Dès que j’ai fait le rapprochement, je me suis rué sur Pandémie en espérant que ce serait du même niveau d’intensité que La Princesse du désert. Force est de constater que Pandémie est un navet avec des petits relents nationalistes assez nauséabonds et un scénario qui ne tient pas la route quinze secondes avec des coïncidences grosses comme des hippopotames. Le film est plein de scènes WTF, de moments grotesques (la description des décisions politiques/électoralistes, l’ingérence américaine, et j’en passe). Bon ça se laisse regarder, mais ce ne sont pas les visions qui évoquent les pires heures de l’histoire humaine (je n’en dis pas davantage) qui sauvent le spectacle – bien au contraire. Le réalisateur ne sait pas trop ce qu’il raconte, et son mélange de comédie et d’horreur sanitaire est particulièrement maladroit.

Bon, il est amplement temps de revoir la version longue (la seule qui compte !) de La Princesse du désert. Et je garde un souvenir ému de Virus (1980) de Kinji Fukasaku, vu plusieurs fois à la télé ; je me demande si le film tient encore la route aujourd’hui.