Money Monster – Jodie Foster

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Lee Gates (George Clooney, ahurissant) est un odieux personnage, égocentrique, présentateur de télévision, vedette toute-puissante d’une émission sur Walt Street qui ressemble davantage à un concours de t-shirt mouillés en Floride qu’à la bourse telle que nous l’expliquait jadis France Info :  «Bonjour, ici JeanPierre Gaillard, en direct de la Bourse de Paris.» Donc Gates (et sa productrice incarnée par Julia Roberts) en fait des tonnes : stripteaseuses, gants de boxe, extraits de film d’horreur des années 50. Et, pour couronner le tout, il a des liens pas forcément très sains avec les patrons dont il vante les mérites (toute ressemblance avec le personnage de Jack Barron inventé par Norman Spinrad en 1969 est évidemment totalement fortuite, mais quand même, par moments on se dit que… peut-être…).

Lee Gates est tombé amoureux d’un patron : Walt Camby (Dominic West, visqueux comme il sait si bien faire), pas amoureux gay refoulé, je te sucerai bien le gros oretil trempé dans le champagne, non plutôt, amoureux d’avoir les poches pleines au point de craquer. Lee regarde Walt avec des $ dans les yeux. Donc il conseille sans retenu le fonds Camby, à la télévision, devant des millions de personnes, en forçant un poil le trait, juste un poil (enfin, vous voyez le tableau, comme on dit en réunion commerciale : il en met plein les murs). Jusqu’au jour où l’action chute de 75$ à 8,50$, ruinant un certain nombre de personnes. Dont une assez stupide pour avoir mis toutes ses économies dans le même panier (ne faites jamais ça !).

Kyle Budwell (Jack O’Connell) a la rage, et c’est pistolet au poing qu’il débarque en plein direct de l’émission pour comprendre comment un fonds, vanté plus sûr qu’un plan d’épargne par Lee Gates, a pu s’évaporer à hauteur de 800 millions de dollars.

Si vous cherchez un film sur la finance du niveau de The Big Short, Le loup de Wall Street ou Margin call, passez votre chemin. Money monster n’est pas un film sur la crise des subprimes. L’intrigue, le pot-aux-roses est ici secondaire (c’est d’ailleurs sans doute la faiblesse la plus notable du projet).  Jodie Foster s’intéresse plutôt aux femmes et aux hommes : elle dresse le portrait de gens aux priorités totalement divergentes, elle montre la porosité entre le spectacle et la vérité. Money Monster est un film sur la collusion. Sur l’ivresse du pouvoir, de l’argent, de l’ego. C’est aussi le portrait extrêmement réussi d’un homme, Lee Gates, qui comme tout ces gens de la finance refuse de voir les hommes et les femmes de chair et de sang, ruinés, minés, licenciés, par les catastrophes boursières. Ces gens qui ne s’en remettront pas, ou même difficilement. Le casting est impeccable. Une fois de plus, Julia Robert (49 ans) est impériale. La mise en scène, le montage sont très réussis. Jodie Foster, derrière la caméra, c’est épatant. J’attends maintenant avec impatience l’épisode de Black Mirror qu’elle a réalisé, le premier de la quatrième saison.

Avec Money monster, Jodie Foster se place comme digne héritière de Sidney Lumet, on pense à son Network (1976). Ah si elle pouvait continuer sur cette lancée…

The Big Short / ils cassent le siècle

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L’avantage d’aborder un film en ignorant ce dont il parle, c’est qu’on est forcément surpris. J’ai regardé The big short : le casse du siècle, en croyant à priori (ne me demandez pas pourquoi, mais c’est sans doute la faute au sous-titre français et au casting) que c’était un film de braquage (oui, je sais, c’est inavouable ; raison de plus pour l’avouer). Donc, dans mon idée, avant que le film commence, c’était l’histoire de Christian Bale, sorte de génie du crime autiste, qui avec la complicité de Ryan Gosling, un petit arnaqueur de Wall Street dénué de la moindre once d’âme humaine, et de Brad Pitt, un trader parano vegan rangé des voitures, montent le casse du siècle, The Wall Street Job. Nuitamment, ils entrent dans une banque (Lehman Brothers ?) et en sortent avant l’aube avec des valises de bons au porteur, sans avoir eu à tirer ne serait-ce qu’un coup de feu (de toute façon, on leur donnerait un Glock, aucun d’eux ne saurait pas quel bout le prendre, contrairement à une raquette de squatch).

Mais en fait The big Short c’est pas du tout ça (même s’il y a un peu de ça).

Le film raconte comment une poignée de traders, banquiers, petits malins hors système découvrent l’affaire des subprimes, parient contre l’immobilier américain (c’est ça un « short » ; « shorter » : parier contre un marché) et s’en mettent plein les poches quand la bulle immobilière s’effondre et provoque, entre autres désastres, la faillite de Lehman Brothers. Sauf que The Big Short ce n’est pas encore tout à fait ça, car on comprend assez vite que nos petits malins parient sur des mécanismes boursiers « sains », (en fait, ce sont tous, plus ou moins, des idéalistes, sauf Ryan Gosling, évidemment, mais c’était couru d’avance). Alors apparaît une problématique encore plus vertigineuse : si les mécanisme sont « virtuels » (ou pipés ou théoriques ou frauduleux), car il n’y a plus rien de « sain » dans cette industrie, quels seront les effets réels des positions prises contre la bulle immobilière ?

Il y a quelques mois, j’avais vu Margin Call de J.C. Chandor qui raconte peu ou prou la même chose, mais du point de vue des traders qui prennent la crise en pleine gueule et voient leur château de cartes s’effondrer en temps réel. C’était excellent. Vraiment excellent.

The Big Short est encore plus bluffant, car le film, est non seulement extrêmement entraînant (un peu comme Le Loup de Wall Steet, les putes et la coke en moins).  mais il est de surcroît pédagogique. On y apprend vraiment des trucs qui permettront de briller au Rotary Club de Cosne/Loire, avec des scènes d’explications à se tordre de rire (je spoile la première : Margot Robbie, à poil dans son bain, coupe de champagne à la main, nous explique à nous, pauvres débiles qui n’avons que 300 euros sur notre livret A, les subprimes).

Mais le meilleur dans tout ça, ce sont les acteurs : Christian Bale (peut être dans son meilleur rôle), Steve Carell (totalement méconnaissable et qui confirme à quel point, bien dirigé, il peut être génial), Gosling (qui fait du Gosling, mais bien, toujours à la limite du cabotinage : je vais me ramasser, vous croyez ?, vous le voulez ?, mais non bande de minables, hop! : d’un petit coup de rein facétieux j’évite de glisser sur la déjection canine à la dernière milliseconde), Brad Pitt (impérial, barbu et impérial, le Marc Aurèle de la fiance mondiale – j’ai vérifié sur une statue toulousaine, la ressemblance est frappante). Et tout le reste du casting est à l’avenant, avec des seconds rôles féminins assez jubilatoires.

Ne passez pas à côté : The big short est prodigieux (et c’est pas tous les jours qu’on peut dire ça d’un film américain).