Resurrection, Andrew Semens (2022)


Margaret (Rebecca Hall, proprement hallucinante) a une vie ni simple ni particulièrement compliquée. Elle élève seule sa fille de 18 ans sur le point de partir à l’université. Elle est la maîtresse d’un homme marié, par ailleurs collègue de travail. Et même si elle surprotège sa fille, a priori, tout va à peu près bien. Un jour, elle aperçoit à une conférence David Moore (Tim Roth, comme vous ne l’avez jamais vu). David est le père de son premier enfant, Benjamin, et aucun homme ne l’a fait souffrir davantage dans sa vie. Se sentant menacée par la réapparition de cet ancien amant, Margaret s’adresse à la police qui ne peut rien pour elle. Alors, elle s’arme. Et, autour d’elle, tout le monde a l’impression qu’elle est en train de devenir folle.

Waouh ! Voilà un film qui sort de l’ordinaire. A la fois portrait d’une mère célibataire terrifiée, d’une ado normale et d’un pervers narcissique, mais aussi thriller tendu comme une corde de piano, qui sombre dans l’horreur totale. Les vingt dernières minutes sont tout simplement hallucinantes, au-delà du face à face intellectuel Margaret/David que le réalisateur met en scène avec une certaine sobriété, faisant totalement confiance à ses deux acteurs hors-pair.

On pense à La Jeune fille et la mort de Roman Polanski, à la confrontation Sigourney Weaver/Ben Kingsley. On pense à Antichrist de Lars Von Trier, mais surtout aux premiers films de David Cronenberg, à cette horreur organique, viscérale, mutée, parasite. Resurrection est sacrément convaincant, sa montée en puissance laisse pantois.

Âmes sensibles s’abstenir.

Made in Britain, Alan Clarke (1982)


Voilà un film facile à résumer : on suit pendant quelques jours, le parcours d’ un jeune skinhead anglais de 16 ans, Trevor, incarné par Tim Roth, dont c’était le tout premier rôle. On y observe la dernière chance d’un système judiciaire anglais à bout de souffle qui voudrait essayer d’éviter d’envoyer un mineur en prison. On y voit un jeune homme en colère, dont la colère semble impossible à éteindre, quoique l’on fasse, quoique l’on dise. Existe-t-il vraiment des gens irrécupérables ?

Le film fait l’effet d’un coup de poing au plexus. Non seulement il vous coupe le souffle, mais il est en même temps impossible à lâcher (il dure 72 minutes, menées à un rythme d’enfer) et épuisant sur le plan émotionnel, tant on cherche (en vain) une petite chose à laquelle se raccrocher chez ce jeune homme perdu.

Quand on connaît l’histoire personnelle de Tim Roth (qu’il a transposée / modifiée dans sa seule réalisation à ce jour : l’éprouvant The War Zone), on se demande à quel point sa colère intime personnelle a servi à construire son rôle. Sur des années, Tim Roth a avoué qu’il avait été abusé sexuellement par un proche lorsqu’il était enfant, puis que ce proche n’était autre que son grand-père paternel, et enfin que son père aussi avait été abusé dans des conditions similaires.

Si vous voulez voir naître en direct un des plus grands acteurs de sa génération, je ne peux que vous conseiller la vision de ce Made in Britain.

(Film vu en DVD, édition Potemkine, VOSTFR).