No escape, John Erick Dowdle (2015)

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Dans un pays du sud-est asiatique non nommé (le film a été tourné principalement en Thaïlande, mais aussi au Cambodge), ayant une frontière commune avec le Viêt-Nam, débarquent un ingénieur (Owen Wilson, surprenant), sa femme et leurs deux filles. Il a trouvé un poste chez Cardiff une entreprise spécialisée dans l’eau potable. Ce que cette jolie famille américaine ignore c’est que le Premier Ministre vient d’être assassiné et que le mouvement rebelle à l’origine de cette action est déterminé à tuer tous les employés de Cardiff, suite à un accord économique considéré comme spoliateur.

No Escape surprend et on va dire que c’est sa qualité première. Un peu construit comme un film de zombies où les méchants asiatiques remplacent les morts-vivants, il délivre une tension quasi continue à la limité du supportable, qui culmine dans la scène de « saut » qui implique les deux enfants du couple américain. Film assez peu subtil, qui délivre un message économique et géopolitique pertinent mais sans nuance, No escape dérange par son racisme involontaire, du moins on l’espère. Les acteurs sont impeccables, la tension est à son comble, mais le film manque de réalisme, tout est absolument too much, et son deus ex machina, qu’on voit venir de loin donne furieusement envie de pouffer. Quant aux parallèles qu’il dresse avec le génocide cambodgien, ils sont au mieux maladroits.

Le spectateur qui connaît l’Asie du sud-est reconnaîtra sans mal la graphie si particulière de l’écriture thaïlandaise, mais verra dans les magouilles du Premier Ministre du film un parallèle saisissant avec celles du premier ministre cambodgien Hun Sen, au pouvoir depuis 1985 (sauf entre 1993 et 1998). D’ailleurs bon nombre d’acteurs asiatiques parlent en khmer et non en thaï.

Si vous ne connaissez rien à l’Asie du sud-est, vous pouvez voir No Escape comme un thriller extrêmement prenant. Étouffant même. Pour ma part, ça ne vaut pas le très beau Rangoon de John Boorman.

 

 

Blink, Michael Apted (1993)

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A la suite d’un drame familial particulièrement horrible, Emma Brody (Madeleine Stowe) a perdu la vue. Elle joue du violon dans un groupe de Folk-Rock The Drovers (les conducteurs de bétail) et vit comme elle peut avec son chien d’aveugle. Un jour on lui propose une greffe de cornée. Elle va pouvoir de nouveau voir. Mais le retour à la vision est un processus lent et pénible. Décourageant, pour tout dire. Qui réserve de nombreuses surprises, dont un effet retard particulièrement perturbant. Et quand la voisine du dessus est assassinée, Emma ne sait pas si elle a vu ou non cet assassin qui frappe dans différents états du pays et dont les crimes semblent posséder une connotation religieuse orthodoxe. Le fait que l’enquête soit confiée au détective Hallstrom (Aidan Quinn) n’aide en rien, car Hallstrom est amoureux d’Emma depuis longtemps.

Il est impossible d’oublier la première scène de ce film : Madeleine Stowe en robe de soirée – longiligne, sexy en diable – qui débute un concert pendant qu’un groupe de policier avinés (on peut dire enbièrés ?) bave sur les magnifiques seins qu’elle n’a guère, il faut bien le reconnaître. Une force de police aussi déficiente au niveau du don d’observation, ça fait peur.

 

En 1993, Madeleine Stowe était la plus belle actrice d’Hollywood (bon, c’est un peu péremptoire, mais l’important c’est d’être sincère dans ses commentaires). Blink n’est pas un grand film, ce n’est même pas le meilleur film du sous-estimé Michael Apted : Gorky Park, Gorille dans la brume, Incident à Oglala (documentaire inestimable), Coeur de Tonerre et Nell (bouleversant et terriblement sous-estimé, à mon sens), mais ça reste un bon film policier (un peu maladroit dans sa gestion des révélations finales). Un film qui vaut surtout pour le portrait très humain, très nuancé que Apted dresse d’Emma Brody. Emma peut être chiante, de mauvaise humeur, elle peut avoir envie de baiser, comme ne pas en avoir envie. Elle est très humaine, et son handicap l’agace évidemment, puisque ses proches veulent absolument la surprotéger tout le temps. Michael Apted, voilà un réalisateur qui arrive souvent à tirer le meilleur de ses actrices et acteurs : Sigourney Weaver dans Gorille dans la brume, Val Kilmer et Graham Greene dans Coeur de Tonnerre, Aidan Quinn dans Blink.

Je conseille. Vous devriez passer un bon moment en compagnie d’Emma Brody.