Genocidal organ, Project Itoh

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Genocidal organ qu’il faudrait sans doute traduire en français par La grammaire du génocide est le premier roman de Project Itoh, il a été publié en 2007 par Hayakawa (l’auteur avait 23 ans), puis édité aux USA en 2012, sous une traduction d’Edwin Hawkes.

Dans ce roman, un attentat nucléaire « artisanal » a lieu à Sarajevo et un chercheur en linguistique y perd sa femme et sa fille, au moment où lui-même fait des galipettes avec une très mignonne étudiante tchèque. Cette éradication de sa famille, couplée à sa culpabilité, rend fou John Paul et le pousse au bout de ses recherches sur les liens entre langage et génocide. Dans le même temps, les sociétés occidentales, déjà bien échaudées par le 11 septembre, mettent en place un système de contrôle continu des populations par vidéosurveillance et un contrôle rétinien en flux tendu (ce qui évoque le vaste programme chinois de reconnaissance faciale qui n’appartient plus au domaine de la science-fiction). Le terrorisme (islamiste, surtout) se déplace alors dans des pays plus fragiles comme l’Inde, le Pakistan, la Géorgie (c’est la théorie de la « moindre résistance »). Quand on assiste à une flambée de génocides locaux, le gouvernement américain y voit la main (ou plutôt la voix de John Paul). Un duo d’agents est alors envoyé en République tchèque pour traquer John Paul en utilisant sa dernière conquête féminine connue : la professeure de tchèque Lucia.

Genocidal organ n’est pas un roman totalement réussi, on peut rire ici et là de certaines descriptions que l’auteur fait des occidentaux (les Américains surtout), de l’Europe, etc. Par contre, il est totalement fascinant au niveau des idées : hypothèse de Sapir-Whorf, futur du soldat (drogues utilisées pour le rendre totalement imperméable à l’hésitation), futur de l’armement militaire et j’en passe. Toute la partie sur la société de surveillance rappelle le récent Gnomon de Nick Harkaway,  écrit dix ans plus tard (mais Gnomon est très au-dessus, du moins sur le plan littéraire). Certains concepts, certains gadgets sont très eganiens (de l’auteur australien Greg Egan). Les scènes de combats sont hallucinantes de brutalité, genre « John Rambo au Myanmar et à la mitrailleuse lourde ».

Genocidal organ existe en film d’animation (pour adultes), là aussi c’est une demi-réussite : le début est brouillon (l’absence d’une voix off, ou d’une contextualisation succincte se fait cruellement sentir), rebutant, mais les scènes de massacre, de fusillades et de génocide sont rendues avec une brutalité suffocante. Et les idées demeurent malgré une certaine simplification inévitable.

A une époque, Park Chan-wook (old Boy) voulait réaliser une adaptation de Genocidal Organ ; on frémit rien qu’à l’idée de ce qu’il nous y aurait montré.

 

American pastoral, Ewan McGregor

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Seymour « Suède » Levov (Ewan McGregor) a été le capitaine de l’équipe de football américain de sa petite ville, il a épousé une reine de beauté (Jennifer Connelly) et ensemble ils sont acheté une ferme à l’écart de la ville où ils se sont installés. Suède a fini par récupérer la direction de la manufacture de gants de son père. Ensemble Suède et son épouse ont une petite fille. Quelque part leur vie pastorale est « idéale ». Bon la gamine a un défaut persistant d’élocution, mais rien de très grave. Le temps passe et Merry (Dakota Fanning) devient une adolescente intéressée par la politique et les revendications sociales. Un jour, une explosion dévaste le bureau de poste du patelin, un homme meurt et Merry disparaît. Le FBI l’accuse de ce crime, mais Suède refuse d’y croire, sa fille ne peut pas être une terroriste ou alors son cerveau a été forcément lavé, ou alors… Le FBI se trompe. Forcément

Pour Suède et son épouse, la descente aux enfers ne fait que commencer.

Avant d’être un film de Ewan McGregor, Pastorale Américaine était un roman de 1997 qui a valu le prix Pulitzer 1998 à Philip Roth (décédé le 22 mai 2018). D’une certaine façon, Ewan McGregor s’est attaqué à un monument. Un roman peut-être un peu trop « grand » pour un premier film en tant que réalisateur. Si certaines scènes sont extrêmement réussies (celle de la chambre d’hôtel avec Rita Cohen, par exemple), le réalisateur ne semble pas à l’aise à retranscrire l’époque à laquelle se déroulent les événements, il passe un peu au-dessus, un peu à droite de la lutte pour les droits civiques et la guerre du Viêt-Nam. American Pastoral n’est pas un mauvais film, c’est même un film plutôt agréable et prenant ; sa sincérité joue pour lui, mais son indéfectible académisme le plombe. McGregor, en tant que réalisateur, n’a pas le sens de l’époque comme a pu l’avoir Curtis Hanson sur L.A. Confidential ou Oliver Stone sur JFK. McGregor donne l’impression d’effleurer ce qu’un Scorsese aurait trituré jusqu’au vertige ou à la nausée.