Un homme nommé cheval, Elliot Silverstein (1970)

(Cheval face à Yellow Hand)

Etats-Unis.
1825.
Un riche héritier anglais, John Morgan (Richard Harris), chasse sur les terres sauvages à l’ouest de Saint-Louis. Pendant qu’il se lave dans une rivière, son campement est attaqué par des Sioux. Nu comme un ver, il est fait prisonnier par le chef Yellow Hand qui l’appelle Cheval tant il est laid à ses yeux. Peu à peu, John trouve sa place dans le village indien et finit par demander en mariage la sœur du chef, Running Dear.

La première fois que j’ai vu ce film (librement adapté d’une nouvelle de Dorothy M. Johnson), j’étais enfant. Il m’avait fait forte impression. Il y a évidemment les vingt première minutes où Richard Harris, entièrement nu, est roué de coups, traîné derrière un cheval, attaché à un poteau, surveillé par les chiens de garde du village indien et une vieille femme au caractère bien trempée (Judith Anderson !) En 1970, c’était révolutionnaire de montrer tel destin à l’écran : un homme blanc réduit en esclavage par des Indiens. Et puis, arrive la scène dont tout le monde a entendu parler au moins une fois dans sa vie : la Danse du soleil. Richard Harris est incisé au niveau de la poitrine avant d’être suspendu au centre de la tente des esprits. Cette scène a éclipsé la seconde partie du film, tragique, particulièrement cruelle, qui rappelle Soldat Bleu de Ralph Nelson, sorti la même année.

Le temps a passé et je m’aperçois qu’Un homme nommé cheval a aujourd’hui tendance à m’agacer : des acteurs étrangers (un acteur fidjien pour Yellow Hand, une actrice grecque pour Running Deer) jouent les Indiens ; certaines scènes sonnent faux, notamment quand il est question de pigments. La scène de suspension est un peu trop christique / hollywoodienne pour être honnête, etc. Cela dit, il faut avoir une certaine indulgence, et se souvenir qu’en 1970 faire un film de ce genre était une révolution, et que les producteurs avaient fait de vraies recherches sur les Sioux et La Danse du soleil, un effort assez rare. John Ford avait ouvert la voie en 1964 avec son chef d’œuvre : Les Cheyennes. Entretemps les connaissances anthropologiques ont progressé et on en sait plus aujourd’hui sur ces sujets qu’il y a cinquante ans. Les habitudes hollywoodiennes aussi ont changé.

Malgré une vraie volonté de filmer la nature, le passage des saisons, la migration des oies, volonté qui évoque parfois le cinéma de Terrence Malick, Elliot Silverstein échoue en partie à montrer la place qu’occupe l’homme dans cette nature sauvage, contrairement au Sydney Pollack de Jeremiah Johnson, un film nettement plus profond, proche parfois de l’abstraction, tourné à peine deux ans plus tard et qui marquera une autre révolution à Hollywood. Comparé à Jeremiah Johnson, Un homme nommé cheval reste très/trop démonstratif et souffre d’approximations techniques (les plans de coupe, sur les zoziaux et les cascades en dégel s’intègrent mal dans le flot du film).

Malgré toutes ces réserves, Un homme nommé cheval reste un film tout à fait regardable, surprenant de cruauté et de brutalité (il existe plusieurs montages, plus ou moins censurés).

Major Dundee, Sam Peckinpah (1965)

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1864. Un ranch américain, protégés par des soldats, est attaqué par les Apaches de Sierra Charriba qui kidnappent trois jeunes garçons (la petite fille Roste est tuée, criblée de flèches). Il n’en faut pas plus pour le major Dundee (Charlton Heston) pour monter une opération de secours, illégale, au Mexique, dans laquelle il embarque des soldats, des condamnés, des bandits, donc, et même un groupe de confédérés mené par le capitaine Benjamin Tyreen (Richard Harris) – son ennemi intime. Évidemment, rien ne va se passer comme prévu.

Major Dundee est le troisième long-métrage de Sam Peckinpah après New Mexico (en 1961) et Coups de feu dans la Sierra (en 1962). C’est loin d’être son meilleur film (avis péremptoire, certes, mais « définitif » en ce qui me concerne) ; par contre c’est l’indubitable creuset dans lequel on retrouve quasiment toute sa filmographie à venir. La violence et le côté « Il était une fois au Mexique » ramène à La Horde Sauvage, la traque au sud de la frontière américaine qui prend des chemins détournés évoque Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia (dont quelque part Major Dundee est le brouillon). Comme souvent chez Peckinpah bien des malheurs viennent des femmes et, à bien y réfléchir, plutôt du désir masculin (ah ces hommes qui échouent à réfléchir avant de mettre une pauvre femme sur le dos ou en cloque).

Major Dundee c’est un casting de tuerie. Charlton Heston est têtu, ambiguë, carnassier, comme il a souvent aimé l’être. Richard Harris est flamboyant de bout en bout ; il illumine le film par son talent, sa classe et son charme. James Coburn est épatant en éclaireur manchot. Warren Oates est très bon ; mais a-t-il était ne serait-ce qu’une fois mauvais dans sa (trop courte) carrière ?

Major Dundee c’est un film au rythme cassé, déséquilibré, aux péripéties étranges, qui rappelle Apocalypse Now dans sa façon de montrer un conflit qui ne se déroule jamais comme il devrait. C’est aussi un film « maudit » qui existe en plusieurs versions (123 minutes, 136 minutes, 152 minutes). Je ne l’ai vu qu’en version courte et en version restaurée de 136 minutes qui remplit quelques trous notables (c-à-d la très belle édition Sony de 2017). La version longue est introuvable pour ce que j’en sais. C’est un film aussi plein d’humour. Quand un des personnages dit à Charlton Heston « ne vous baladez pas dans les rues, vous n’avez pas du tout la tête d’un Mexicain »… Heston jouait un policier Mexicain dans La Soif du mal d’Orson Welles en 1958.

Évidemment, un amateur du cinéma de Sam Peckinpah ne peut pas passer à côté, ça reste un film important. Mais ce n’est clairement pas ce film-là que je conseillerai pour découvrir ce réalisateur. Qui fut l’un des plus scandaleux, mais aussi l’un des plus importants du XXe siècle.