Monster, Patty Jenkins (2003)

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Monster raconte l’histoire de la serial killer Aileen Wuornos, née Susan Carol Pittman.

Le point de départ du film, puisqu’il en fallait un, c’est la rencontre entre Aileen (Charlize Theron, qui fut récompensée d’un oscar pour sa performance) et Selby (Christina Ricci, qui aurait aussi mérité l’oscar pour la justesse de son jeu). Les deux jeunes femmes tombent amoureuses. Aileen, prostituée, essaye de trouver un boulot régulier, mais échoue et, après un premier meurtre qui relève sans doute de la légitime défense, s’enfonce dans le crime pour entretenir son immature chérie.

Monster est un film dur. Charlize Theron est prodigieuse, d’autant plus prodigieuse quand on se souvient que l’actrice est sud-africaine. Vous n’oublierez jamais la scène où elle se lave après avoir tué un homme : elle est grasse, pleine de sang, son corps pourtant jeune est abimé, toute sa beauté passée est perdue et ne reviendra jamais. Monster est un film non pas à réhabiliter, il n’en a pas besoin, mais à remettre sur le devant de la scène, car a bien y réfléchir le calvaire d’Aileen Wuornos (calvaire : il n’y a pas d’autre mot) n’a rien à voir avec le parcours de prédateurs comme Jeffrey Dahmer, pour n’en citer qu’un. Aileen a dit avoir été violée dès l’âge de huit ans, puis elle a eu un enfant à quatorze ans, avant d’être chassée du domicile de ses grands-parents à quinze ans. Son père (qu’elle n’a jamais connu était un pédophile et violeur ; il a été assassiné par un co-détenu) Que se serait-il passé si cette gamine avait été aidée, aimée, protégée ?

A l’heure de mee too, de l’après-Wenstein, des records de féminicides, de l’après-Epstein, Monster rappelle une triste réalité et quelques vérités bien senties : oui une prostituée peut-être violée, oui certains clients de prostituées n’ont que cette vie sexuelle car ils sont handicapés (ou leur épouse est handicapée), ou ils sont dans l’incapacité réelle de nouer une relation sentimentale.

Patty Jenkins ne tire pas sur l’homme / les hommes à boulets rouges, ce qu’elle fait est nettement plus fort, plus fin, elle nous montre comment à force de heurter des murs, Aileen Wuornos s’est senti complètement prise au piège, mais aussi privée de son humanité. Comment de la légitime défense (sa première victime), elle a glissé peu à peu dans le meurtre prémédité. Elle nous montre qu’Aileen Wuornos n’était pas un monstre, ce serait trop facile, mais une enfant qui a beaucoup souffert, une femme à qui personne ou presque à tendu la main. Une enfant violée, une adolescente violée, une prostituée violée, agressée, frappée, harcelée par certains policiers.

Monster est un grand film, un film riche, un film éprouvant mais paradoxalement plein d’humanité.

 

Le Crocodile de la mort, Tobe Hooper (1976)

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Le Crocodile de la mort / Eaten Alive de Tobe Hoper s’ouvre sur une scène d’anthologie. Un client de bordel « I’m Buck… and I’m rarin’ to fuck. » (incarné par Robert Englund, quelques années avant qu’il ne devienne Freddy Krueger) essaye de sodomiser une prostituée (Marilyn Burns, déjà vue dans Massacre à la tronçonneuse). La fille, une débutante visiblement pas faite pour le métier (on la comprend), n’est pas du tout d’accord. S’ensuit une altercation de boudoir qui se termine par la mise à la rue de la fille ; Buck lui n’est pas perdant puisque la patronne lui offre deux filles pour le consoler (l’histoire ne dit pas s’il finit par en sodomiser une, les deux, ou aucune). La gouvernante noire du bordel donne un peu d’argent à la fille remerciée et lui conseille de passer la nuit au Starlight Hotel de Judd (c’est sans doute ce qu’on appelle un « licenciement sec » ou « à sec »). Le Starlight Hotel. Tout un poème : un établissement de dernière catégorie, un bouton plein de pus accroché aux lèvres du bayou qui ferait passer le Bates Motel pour un cinq étoiles… et derrière lequel barbote, cerise sur le gâteau, un crocodile africain « immortel ». De sa visite au Starlight Hotel, la fille ne sortira pas vivante. Entre passer deux jours le cul sur un sac de petits pois congelés et… ce qui finit par lui arriver, elle n’a probablement pas fait le bon choix.

Quelques jours/semaines plus tard débarquent son père (Mel Ferrer) et sa sœur Libby, juste après une famille dysfonctionnelle avec fifille et petit chien, puis arrive au milieu des festivités le célèbre Buck avec sa conquête de la soirée. Le chien – yeah ! – sera la première victime d’une nuit particulièrement faste du point de vue du croco (dont on finit par se demander comment il peut encore avoir faim).

Le Crocodile de la mort / Eaten Alive de Tobe Hooper, tourné deux ans après Massacre à la tronçonneuse, et une fois de plus inspiré par un fait divers texan (ça a l’air bien le Texas), est atroce de bout en bout. William Finley (le phantom du Paradise) est en roue libre total (faut le voir pour le croire), la photo est dégueulasse et poisseuse, l’ambiance « tournée en studio un soir de cuite à la tequila low cost » est unanimement sordide et si on rit quand le toutou à sa mémère passe à la casserole africaine, le reste du temps on se partage entre ennui et consternation.

Il faut croire que Quentin Tarantino a beaucoup aimé, puisqu’il fait dire à Michael Bowen dans Kill Bill vol. 1 la fameuse tirade « I’m Buck.. and I’m here to fuck. »