Roar, Noel Marshall and friends (1981)


Hank (Noel Marshall) a créé une réserve en Afrique où il étudie les félins, y compris des tigres asiatiques. Alors qu’un lion perturbe l’équilibre de sa réserve, une commission d’enquête lui rend visite et deux de ses membres sont blessés. Hank, qui devait accueillir sa famille venue de Chicago, part trop tard pour l’aéroport. Quand les membres de sa famille arrivent dans la réserve, il n’est plus là pour les accueillir. Et les voilà confrontés à tous ces animaux qui se baladent en liberté.

Jamais de ma vie, je n’ai vu un film comme celui-là. Il est proprement hallucinant (très dérangeant aussi, pas forcément pour ce qu’on pense, car c’est clairement l’œuvre de gens biens intentionnés mais inconscients du côté imprévisible des grands félins). Au-delà des scènes surprenantes, toute une mythologie s’est créée, année après année, autour de ce long-métrage. Tippi Hedren, qui avait affronté Les Oiseaux d’Hitchcock en 1963, joue ici avec sa fille Melanie Griffith. Jerry Marshall et John Marshall, deux des trois fils de Noel Marshall, jouent le rôle des fils de Hank, leur père dans la vraie vie donc. Le directeur de la photographie Jan de Bont, dont c’était le premier film hollywoodien, scalpé par un lion, a eu besoin de 120 agrafes pour refermer sa blessure. Melanie Griffith a été blessé au visage, a eu 50 agrafes, de la chirurgie reconstructrice et a bien failli perdre un œil (elle avait d’abord décliné le rôle, par peur des grands fauves). John Marshall : 56 agrafes. Tippi Hedren saisie par un éléphant qui l’a fait ensuite valser : une jambe brisée (la scène est dans le film). Tippi Hedren, encore, mordue par un lion 38 agrafes. Etc. Etc.

On se demande comment ils sont allés au bout du tournage. Mais aussi, pourquoi…

Après la réalisation du film, Tippi Hedren et Noel Marshall ont divorcé.

Tippi Hedren a écrit (en collaboration avec Theodore Taylor) un livre sur l’histoire du tournage : The Cats of Shambala (non traduit, pour ce que j’en sais).

C’est vraiment à voir une fois dans sa vie.

New York, 2 heures du matin (Fear City) Abel Ferrara (1984)

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Je me suis offert dès parution (je l’avais précommandé) le coffret Blu-Ray « Abel Ferrara – les années sauvages » qui contient New York 2h du matin, China girl et L’Ange de la vengeance.

J’ai commencé par New York 2 heures du matin que j’avais déjà vu à plusieurs reprises, car j’aime bien son ambiance poisseuse qui, dans ce registre, n’atteint toutefois pas les sommets du Cruising de William Friedkin.

A New York, un homme blanc adepte des arts martiaux, mutile puis tue des strip-teaseuses. Il tient un journal (comme le tueur de Seven) Fear City (le titre du film en VO, La Cité de la peur, quoi) où il explique sa quête de pureté. Plusieurs des filles blessées travaillent pour l’agence de Matt Rossi (Tom Berenger en mode taureau italien) et Nicky Parzeno (Jack Scalia, un peu éteint). Matt est fou amoureux de la danseuse Loretta (Melanie Griffith qui semble équilibrer une idiotie congénitale par une plastique parfaite – on espère un rôle de composition) et est prêt à la protéger coûte que coûte. Un flic opiniâtre (Billy Dee Williams, très convaincant en peau de vache), va tout faire pour empêcher Matt de se faire justice lui-même.

Même si on n’y voit aucun poil pubien, le film est un étalage quasi-permanent de culs (souvent parfaits), de seins (avant les ravages de la chirurgie esthétiques), de lingerie fine (dans tous les sens du terme) qui risque de venir à bout du public féminin le plus ouvert d’esprit. C’est sûr qu’à l’heure actuelle, ça fait désordre. Et en même temps, le film montre bien justement les mécanisme du désir masculin, la fixation érotique / mécanique sur le corps, etc. C’est un aspect repoussant du désir masculin, mais il me semble incontournable. Ferrara ne fait pas de chichis : il plonge les mains dans le cambouis, puis met l’avant-bras, le bras jusqu’à l’épaule, le cou et la tête ne tardent pas à suivre. Ce sera sans doute désagréable pour toute une frange du public, voire rédhibitoire, mais j’y vois une vraie démarche artistique, consciente.

Histoire d’hommes…

Fear City dresse avant tout le portrait de deux hommes : Matt, l’abruti fini, d’origine italienne au lourd passé (personnage médiocre pour lequel Abel Ferrara semble avoir beaucoup de compassion) et ce tueur sadique qui intellectualise sa quête sanglante (je ne spoile pas, son identité est connue dès le début du film). On a beaucoup écrit sur la dimension « ridicule » de ce personnage de méchant qui passe son temps à faire des katas. J’ai trouvé qu’au contraire c’était plutôt bien vu, ça m’a d’ailleurs rappelé quelques passages du Soleil et l’acier de Mishima (chez Folio, pas cher).

J’ai revu Fear City avec plaisir (une fois de plus). Les filles sont jolies à regarder. Ferrara film les fessiers avec inspiration. L’ambiance glauque est réussie. Il y a des pointes d’humour à la fois inattendue et en même temps qui font mouche. Les personnages sont réalistes dans leur idiotie indécente et leurs aspirations à ras de bitume.

Nettement moins ambitieux que Taxi Driver, Serpico ou Cruising, New-York 2 heures du matin propose un portrait saisissant de New York by night.

Parfois, c’est moche une ville la nuit.