Missouri Breaks, Arthur Penn (1976)


Excédé par ses pertes, un propriétaire terrien, David Braxton, fait pendre un jeune voleur de chevaux appartenant à la bande de Tom Logan (Jack Nicholson). Ce dernier décide de se venger et achète un ranch tout près du domaine Braxton. Pour mettre fin à l’engrenage de cette vengeance, Braxton engage un régulateur : Lee Clayton (Marlon Brando). Pendant ce temps, la jeune Jane Braxton se rapproche (tout proche) de Tom Logan.

Missouri Breaks c’est le film que je croyais avoir vu, mais qu’en fait je confondais avec un autre. Et donc je l’ai découvert ces jours-ci et je n’ai pas été déçu du voyage (pour tout dire, je l’ai vu deux fois en deux jours, je me lasse pas de la scène des « chauve-souris »).
Ceux qui se souviennent bien de Little Big Man du même Arthur Penn ne seront pas surpris par le mélange de drame et de comédie. C’est même loufoque, par moments, enfin loufoque je ne sais pas si c’est le bon adjectif. Décalé ? Marlon Brando est en roue libre totale, un peu comme s’il s’était réveillé un jour et avait décidé qu’il était indien et que sa peau blanche et ses cheveux blancs étaient un camouflage. Puis qu’il était une vieille femme obèse, genre La petite maison dans la prairie après trois tartes aux myrtilles. Il y a une ou deux scènes d’anthologie. Notamment celle où Jane aimerait bien se faire prendre sauvagement par un homme qui sent la sueur et le cheval (ou l’inverse) et se heurte à un Jack Nicholson assez moyennement motivé, il faut bien le dire.
Le film est très impressionnant dans sa mise en scène : Arthur Penn osant des ellipses assez incroyables (il y en a une, tellement audacieuse, je m’en remets pas, en même temps je suis très sensible dans mon genre). Toute une partie de l’action est hors-champ, voire retirée du récit.

Je ne sais si on peut parler de western crépusculaire, mais en 1976 le genre était quasiment mort et enterré. Arthur Penn en fait autre chose. Franchement, rien que pour la prestation de Marlon Brando, vous pouvez y aller. Vous n’oublierez jamais la parabole des chauve-souris.

Chinatown, Roman Polanski (1974)


J.J. Gittes (Jack Nicholson, parfait), détective privé spécialisé en affaires d’adultère est engagé par madame Mulwray pour espionner son mari, car elle est convaincue qu’il a une affaire. Gittes suit l’homme qui dirige le département des eaux de Los Angeles (récemment devenu un service public) et finit par le surprendre avec une très jeune fille. Des photos sont prises, un scandale éclate et plus tard la vraie madame Mulwray (Faye Dunaway, sublime) le contacte. L’affaire s’annonce nettement plus compliquée que prévu. Ce que confirme la mort apparemment accidentelle d’Hollis Mulwray.

Bon, sans oublier la batterie de casseroles que Roman Polanski se trimballe depuis les années soixante-dix, on peut se pencher sur son cinéma remarquable. Chinatown a tout du classique instantané. L’interprétation est parfaite. Le méchant (incarné par John Huston !) est incroyablement abject. Les non-dit sont nombreux. Le film est d’une beauté renversante. Et cette affaire de corruption autour de l’eau potable à L.A a quelque chose d’absolument visionnaire. Le film enchaîne les scènes cultes dont le repas entre Noah Cross et J.J. Gittes, est peut-être la plus mémorable, après la fameuse scène de la gifle qui malheureusement spoile toute l’intrigue, donc : je n’y reviendrai pas.

Polanski est devenu infréquentable, mais son cinéma reste admirable.

(Si on ne fréquentait que les œuvres de gens absolument remarquables et parfaits, on se ferait bien chier… à mon avis).