New World, Park Hoon-jung (2013)

NewWorld

Ja-sung (Lee Jung-Jae) est un policier infiltré. Il travaille pour le chef de section Kang (Choi Min-Sik). Il a infiltré Goldmoon, une entreprise florissante derrière laquelle se cache la plus grande organisation criminelle de Corée : immobilier, jeux clandestins, prostitution, drogue. Le président de Goldmoon, Seok, relaxé à la suite d’un immense procès, trouve la mort dans un accident de voiture pour le moins suspect. Une guerre de succession va opposer le chien fou Chung Sung (Hwang Jung-Min), d’origine chinoise, à Joong-gu, Coréen pur jus, mieux placé. La police a son champion, car le chef Kang veut influencer sur le vote. Pour ça, Ja-sung est son meilleur atout. Sauf que Ja-sung commence à oublier qu’il est policier, d’autant plus facilement que sa femme est enceinte.

New World fait partie de ce que le cinéma coréen a proposé de mieux ces dernières années, c’est l’équivalent kimchi des Affranchis de Martin Scorsese. Ce n’est pas un film « facile » : la première heure peut paraître aride, voire lancinante. Mais une fois que le réalisateur a posé tous ses pièces sur l’échiquier, une fois que la machine est lancée, le drame devient inéluctable et se promet d’être pyrotechnique.

New World est d’une violence hallucinante, outrée, filmé avec une adresse chorégraphique qui laisse pantois et rappelle le John Woo d’Une balle dans la tête. New World est aussi un film extrêmement profond sur la loyauté, l’amitié, la morale et l’ambition. Hwang Jung-Min est inoubliable dans le rôle de Chung Sung ; aussi répugnant que séduisant, il rappelle un peu Jack Nicholson au sommet de son art.

 

The Infiltrator, Brad Furman (2016)

infiltrator

Robert Mazur (Bryan Cranston) ancien comptable devenu policier, infiltre le cartel de Medellin sous couvert de blanchir leur argent, des millions des dollars. Alors que les sommes ne cessent d’augmenter et que l’enquête avance, Robert se trouve piégé dans sa couverture et doit s’inventer une fiancée. La police lui fournit alors une « pucelle », une flic qui n’a jamais travaillé sous couverture : Kathy Hertz (Diane Kruger).

The Infiltrator est un drôle de film. D’un côté, il joue le pari du réalisme, ici pas de fusillades improbables, pas de courses-poursuites mises en scène par un clone de William Friedkin et, d’un autre côté, il ne respecte pas la réalité historique. Je pense évidemment aux scènes avec Barry Seal (actuellement incarné au cinéma par Tom Cruise, dans un film éponyme qui semble être une comédie ; quand on connaît la vie de Barry Seal : chapeau !). Pour en revenir à The Infiltrator, ce choix scénaristique semble bien étrange étant donné le côté invraisemblable de cette histoire vraie. Pourquoi la réinventer alors qu’elle se suffisait à elle-même ?

John Leguizamo y livre une prestation inspirée dans le rôle d’un flic infiltré qui probablement ne sait plus où se situe la ligne blanche de la loi : « tu dois sniffer comme eux, baiser comme eux, car c’est ce qu’ils attendent de toi, c’est comme ça que ces mecs fonctionnent. Au moindre faux pas, t’es mort. »

En fait la grande force du film est de recycler ce que Michael Mann avait si bien décrit dans la série Miami vice : la griserie de brasser du fric, des grands restaurants, des jets privés et des yachts, l’amitié qui peut naître entre un flic infiltré et ceux qu’il doit faire tomber. Le sentiment de trahison, mais aussi de dégoût de soi, quand le couperet tombe. Ici l’amitié est incarnée par Benjamin Bratt, qui joue Roberto Alcaino. C’est sans doute lui qui produit le plus de jeu dans cette histoire, qui est le plus écartelé. Je l’ai trouvé excellent, aussi juste que Leguizamo, dans un registre quasiment opposé.

La mise en scène de Brad Furman est sans grand relief, il pouvait proposer quelque chose de nettement plus créatif. On aurait pu voir l’argent circuler, avec un montage vigoureux à la Oliver Stone. On aurait pu trouver la folie narrative du Loup de Wall Street de Martin Scorsese. Le sujet s’y prêtait parfaitement. L’implication de Noriega, Pablo Escobar offraient beaucoup de possibilités esthétiques, graphiques. Le réalisateur s’est laissé clairement guider par son scénario, s’est reposé sur lui, s’est concentré sur la tension, la paranoïa, le danger permanent. Ce n’est pas forcément raté, mais c’est clairement insuffisant pour faire de The Infiltrator un grand film.