Trainspotting 1 & 2 – Danny Boyle

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Il y a des films qui laissent un souvenir incroyable, on ne sait pas pourquoi, pas vraiment.

Renton (Ewan McGregor) qui s’enfonce dans les tréfonds des pires chiottes d’Ecosse pour récupérer deux suppositoires. Diane (Kelly Macdonald) à poil, parfaite (oh par Bouddha qu’elle est belle !), qui envoie Renton dormir sur le canapé. Renton qui, le lendemain, demande aux parents de Diane, durant le petit-déjeuner, s’ils sont ses colocataires. Spud (Ewen Bremmer) qui, essayant de se dépatouiller d’un drap lourdement souillé, asperge de diarrhée bièreuse les parents de sa petite-amie. Sick Boy (John Lee Miller) qui tire à la carabine à plomb sur les chiens d’un parc. Begbie (Robert Carlyle) qui balance sa chope de bière (vide) sur une nana (aussitôt blessée, le visage en sang) et jure ensuite qu’il va péter la gueule de l’enculé qui a osé commettre une telle infamie.

C’est ça Trainspotting, et bien plus, des shoots d’héro, des amours, des trahisons, l’addiction, la maladie, des décès, l’irresponsabilité, l’Ecosse des « déjà morts ». Une mise en scène virtuose qui a consacré Danny Boyle comme un des plus grand réalisateurs anglais. J’aime bien Danny Boyle, même quand il se rate (Trance), ça reste franchement intéressant. Il touche souvent des choses très profondes avec son sens « pop », il a l’œil et l’oreille. C’est sans doute le seul réalisateur au monde qui pourrait me convaincre de regarder un film sur la vie de Steve Jobs (un peu comme Fincher a réussi à me faire mater un (bon) film sur Facebook).

Donc j’ai revu Trainspotting pour la Xème fois.

Puis le lendemain soir, j’ai regardé pour la première fois Trainspotting 2. Peut-être parce que j’avais terriblement peur d’être déçu, j’ai été agréablement surpris. Ça n’arrive pas au niveau du premier, la mise en scène est moins inventive, mais ça essaye de raconter autre chose : la paternité, la quête d’un sens à la vie, la vie ceux qui ont vieilli sans jamais réussir à devenir adultes, la moralité, l’amitié. Il y a un petit quelque chose sur la rédemption via Spud, sur la nature du mal via Sick Boy. En fait, je ne regrette pas. C’est moins flamboyant que le 1, aucun doute là-dessus, mais c’est paradoxalement plus long à mâcher.

Je me comprends.

Let us prey, Brian O’Malley (2014)

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Dans une petite ville d’Ecosse, une femme policier (Pollyanna McIntosh, vue dans The Woman) prend son service pour la première fois et assiste à un accident de la route. Un jeune con, auto-surnommé Caesar, a renversé avec sa voiture un homme d’âge mûr (Liam Cunningham, surtout connu pour son rôle dans la saga Game of thrones). La victime a disparu, comme par enchantement, mais il y a du sang sur le phare de la voiture. L’officier Rachel Heggie conduit donc le jeune Caesar au poste où elle fait la connaissance de ses collègues : l’inquiétant sergent MacReady et les officiers Mundie (Hanna Stanbridge, en roue libre dans un rôle d’über-pétasse filipino-écossaise) et Warnock (« putain, même avant d’avoir des enfants, [ma femme] Joan n’avait pas la chatte aussi serrée »). Ambiance. Surtout que la Rachel rookie est un tantinet psycho-rigide (faut dire qu’elle s’est faite séquestrée et largement violée durant son enfance, ça aide pas). Caesar est mis en cellule, en face d’un homme arrêté pour violences conjugales. Puis la victime (sans ses corbeaux, qui attendent non loin) se présente au poste de police et l’enfer peut maintenant se déchaîner sur cette petite ville écossaise isolée.

Les premières images où Liam Cunningham s’extrait d’une tempête sur les côtes écossaises, sortant de vagues démesurées, gravissant des falaises, le tout suivi par une horde de corbeaux, ces premières images laissent augurer du meilleur et rappellent une des plus belles scènes du Byzantium de Neal Jordan. C’est beau, c’est sombre, c’est inquiétant et ça laisse planer le doux parfum d’une réelle ambition. Une demi-heure plus tard, vous vous trouvez assis devant un navet grand-guignol et vous ne savez plus si vous devez rire ou pleurer face à tel gâchis. Tombant dans le piège de la surenchère (enfant au crâne découpé à la scie, personnage rehaussé de barbelés jouant au Texas Ranger psychochristique armé d’un très gros fusil à pompe) Let us prey sombre définitivement dans le grotesque. Alors qu’il aurait pu au contraire devenir un huis-clos polanskien tout à fait subtil et convaincant. Si, la langue déformant la joue plus souvent qu’à son tour, Hanna Stanbridge arrive sans trop se forcer à incarner une fliquette dépravée ultime rêve érotique de tout prisonnier masochiste, ambiance menottes et matraque, le reste du casting est plus à la peine, la palme revenant à Niall Creig Fulton qui incarne un médecin généraliste auquel on ne croit jamais. Douglass Russell, dans le rôle du sergent, est presque aussi mauvais.

Un film à voir entre amis, avec des pizzas brûlantes des bières glacées et beaucoup de temps à perdre.

 

PS : J’avais oublié le sous-titreur (oui oui, j’ai acheté ce truc en DVD, pas cher, c’est à dire trop cher en l’occurrence) qui n’a rien compris aux références bibliques du film et ne sait visiblement pas à quoi se réfère « a pale horse ».