Traîné sur le bitume / Dragged accross concrete, S. Craig Zahler (2018)

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Brett Ridgeman (Mel Gibson) et Anthony Lurasetti (Vince Vaughn) sont deux flics particulièrement efficaces. Après avoir tabassé un trafiquant de drogue mexicain et s’être fait bêtement filmer par un témoin outragé, ils sont suspendus six semaines sans solde par leur supérieur, le Chief Lt Calvert (Don Johnson, qui n’apparaît que dans une scène mais quelle scène !).

Brett a 59 ans, sa femme souffre de la sclérose en plaques et sa fille adolescente est régulièrement agressée dans leur quartier pourri ; après toutes ces agressions viendra un viol, du moins c’est la conviction de la mère, ancienne femme flic handicapée par sa maladie. Alors Brett cherche une porte de sortie, quelque chose, un plan, un coup. Pour Anthony, âgé de vingt ans de moins, la situation est différente, il va demander sa copine en mariage et il espère qu’elle va accepter.

Sur la foi d’un tuyau solide, Brett et Anthony collent aux basques d’un criminel hyperorganisé : Lorentz Vogelmann. Ils espèrent empêcher un échange de drogue et récupérer tout ou partie du liquide – Anthony veut empêcher le crime, Brett veut le fric. Ils se trompent. Sur toute la ligne.

Dragged across concrete (le titre français, j’y arrive pas) est le troisième film de l’écrivain et réalisateur S. Craig Zahler après Bone Tomahaw en 2015 et Section 99 en 2017. Ayant beaucoup aimé les deux précédents, j’avoue avoir abordé mon visionnage avec une certaine fébrilité. Malheureusement, c’est le plus long film des trois (2h39 minutes) et le moins réussi, de très loin.

Il y a je dois dire quelque chose d’un peu incompréhensible dans ce spectacle tout en faux rythme et soudain traversé par un flash de violence pur ou de violence décalée (la marque de fabrique de Zahler – tout ceux qui l’ont vue se souviennent de la scène de la gourde dans Bone Tomahawk). Zahler ne rate pas tout, certaines scènes font mouche, on est souvent surpris par la tournure que prennent les événements (il y a une péripétie que j’ai vraiment pas vu arriver), mais il a trop voulu faire un film leonien ou plutôt tarantinien (auquel il rend hommage dans une scène précise), ce qui est un peu la même chose puisque le cinéphile Tarantino s’abreuve goulument à la source Sergio Leone depuis son second long-métrage. Sur le fonds, le film dit aussi des choses sur le racisme, les préjugés, la colère de ceux qui sont injustement haïs en permanence. L’amitié. La justice. Le « système ». Comment peut-on demander à des flics mal payés, qui doivent respecter un million de règles, d’affronter des criminels richissimes qui n’en respectent aucune ?

Le résultat est hétérogène, avec des scènes très réussies et d’autres dont on ne comprend pas bien l’intérêt. C’est trop dilué. Il y a clairement quarante minutes en trop.

Section 99, S. Craig Zahler (2017)

Section99

Bradley Thomas (Vince Vaughn) est garagiste, genre moitié montagne de barbaque moitié boxeur raté, il a l’énervade facile (comme Ségolène, mon modèle en tout, j’invente si je veux). Pas commode le musclor, du genre à vous arracher le larynx pour un mot déplacé. Suite à un licenciement économique, Bradley (et surtout ne l’appelez pas Brad) s’associe avec Gil, un trafiquant de drogue. Les affaires vont bien, le pognon coule à flots, madame (Jennifer Carpenter) est enceinte. Mais Gil s’associe avec un Mexicain que Bradley ne sent pas, mais pas du tout. Lors d’une livraison, tout part en sucette et Bradley (qui a la faiblesse d’avoir des principes) commet l’irréparable : il protège les policiers sur lesquels ouvrent le feu ses associés mexicains. Arrêté, il en prend pour 7 ans. Sa descente aux enfers peut commencer.

(Étrangement ce petit résumé correspond peu ou prou à la première moitié du film, c’est dire si le rythme est ample.)

Putain de bordel de merde ! Et encore je reste poli. Putain, mais c’est quoi ce truc ? J’ai vu ce que j’ai vu ou il faut que je change d’eau pétillante et de lunettes ?

S. Craig Zahler m’avait bluffé avec Bone Tomahawk, il remet ça avec Section 99, un film qui glisse du réalisme tatillon, limite critique sociale à la Ken Loach (si si), au film carcéral horrifique presque mythologique. Ou tout semble à côté de la réalité, pas surréaliste mais anti-réaliste (je me comprends, c’est l’essentiel). La dernière demi-heure (le film dure deux heures et douze minutes) est une hallu totale. Je n’ai jamais vu ça de ma vie… et pourtant des films j’en ai vu un bon paquet. C’est d’une brutalité pas du tout XXIe siècle qui rappelle le Scarface de De Palma « et maintenant : la jambe », les pires délires glauques d’un Lars Von Trier en grande forme, les outrages que David Cronenberg aimait bien faire subir à la chair à une époque désormais révolue. Welcome to the new flesh. On peut aussi y voir du Gaspard Noé, tendance Irréversible. Les acteurs sont incroyables, Vince Vaughn bien entendu, physique (on dirait même que l’adjectif a été inventé pour lui), mais Don Johnson n’est pas en reste, ni Udo Kier qui pour une fois ne cabotine pas (trop) et reste tendu comme un string sur le derche d’une ♥♥black brésilienne♥♥.

J’ai ♥adoré♥, mais le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne plaira pas à tout le monde.

Âmes sensibles s’abstenir.

Sinon, je vous ai dit que c’était un peu violent ?