Le Seigneur de la guerre, Franklin J. Schaffner (1965)

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Onzième siècle. Accompagné de son frère Draco (Guy Stockwell), et de son fidèle bras droit Bors (Richard Boone, loin de ses westerns de prédilection), Chryssagon (Charlton Heston) s’en vient occuper les terres marécageuses que lui a confiées le duc de Normandie. Aussitôt arrivé sur les lieux, il met fin à un raid de Frisons et capture, par hasard, le jeune fils du chef ennemi. Voilà une première journée bien remplie, mais l’homme reste un homme… et la rencontre de Chryssagon avec une jeune paysanne va le mener sur un chemin, de feu et de sang, qu’il lui aurait mieux valu éviter.

Ah ! Je n’avais jamais vu Le Seigneur de la guerre, ou alors j’avais complètement oublié, mais je ne crois pas. Je me souviens qu’enfant m’a mère m’avait interdit de le voir à la télé parce qu’il y était question de droit de cuissage et que ces affaires-là n’étaient alors pas de mon âge. Et il est vrai que le cœur du film est cette histoire de viol qui devient histoire d’amour (le viol comme arme de séduction massive ? Les féministes apprécieront). Franklin J. Schaffner n’en fait d’ailleurs pas grande chose et l’alchimie qui s’installe entre Rosemary Forsyth et Charlton Heston n’est pas des plus évidentes. Elle a peur de lui (à raison), il la viole (sans violence, du moins c’est ce que suggère le réalisateur), elle tombe aussitôt amoureuse, raide dingue : « je ne peux plus vivre sans toi ». Passons… Par contre, le réalisateur s’intéresse beaucoup à la cohabitation du paganisme et de la chrétienté après l’an Mil ; d’ailleurs ce fameux droit de cuissage n’en est pas un, mais plutôt une coutume païenne que justement l’Église considère comme un viol. Mariée devant l’arbre et la pierre, Bonwyn ne sera jamais mariée devant Dieu (du moins, pas dans le film). Beaucoup de ces thématiques ramènent au Excalibur de John Boorman où, là-aussi, un homme, Uther, provoquait le chaos en couchant avec une femme qui n’était pas la sienne, Ygraine.

Le Seigneur de la guerre fait partie de ces films du mitan des années soixante où le grand Hollywood classique commençait à se fissurer pour explorer plus avant les thèmes du sexe et de la violence. Les scènes de combat, de siège, sont très chouettes (sans aucune doute ce qu’il y a de plus réussi dans le film), Charlton Heston est plus nuancé, torturé, qu’à son habitude et si les effets spéciaux ont très mal vieilli, ils donnent paradoxalement un certain cachet « poétique » au long-métrage.

Film sur le pêché, le désir masculin et une époque qui n’épargnait pas davantage les femmes que nos jours heureux de ce début de XXIe siècle, Le Seigneur de la guerre n’a pas volé son statut de classique. Son message (involontaire ?) n’a jamais été d’autant d’actualité.

Un achat (en blu-ray) que je ne regrette pas du tout.

Major Dundee, Sam Peckinpah (1965)

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1864. Un ranch américain, protégés par des soldats, est attaqué par les Apaches de Sierra Charriba qui kidnappent trois jeunes garçons (la petite fille Roste est tuée, criblée de flèches). Il n’en faut pas plus pour le major Dundee (Charlton Heston) pour monter une opération de secours, illégale, au Mexique, dans laquelle il embarque des soldats, des condamnés, des bandits, donc, et même un groupe de confédérés mené par le capitaine Benjamin Tyreen (Richard Harris) – son ennemi intime. Évidemment, rien ne va se passer comme prévu.

Major Dundee est le troisième long-métrage de Sam Peckinpah après New Mexico (en 1961) et Coups de feu dans la Sierra (en 1962). C’est loin d’être son meilleur film (avis péremptoire, certes, mais « définitif » en ce qui me concerne) ; par contre c’est l’indubitable creuset dans lequel on retrouve quasiment toute sa filmographie à venir. La violence et le côté « Il était une fois au Mexique » ramène à La Horde Sauvage, la traque au sud de la frontière américaine qui prend des chemins détournés évoque Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia (dont quelque part Major Dundee est le brouillon). Comme souvent chez Peckinpah bien des malheurs viennent des femmes et, à bien y réfléchir, plutôt du désir masculin (ah ces hommes qui échouent à réfléchir avant de mettre une pauvre femme sur le dos ou en cloque).

Major Dundee c’est un casting de tuerie. Charlton Heston est têtu, ambiguë, carnassier, comme il a souvent aimé l’être. Richard Harris est flamboyant de bout en bout ; il illumine le film par son talent, sa classe et son charme. James Coburn est épatant en éclaireur manchot. Warren Oates est très bon ; mais a-t-il était ne serait-ce qu’une fois mauvais dans sa (trop courte) carrière ?

Major Dundee c’est un film au rythme cassé, déséquilibré, aux péripéties étranges, qui rappelle Apocalypse Now dans sa façon de montrer un conflit qui ne se déroule jamais comme il devrait. C’est aussi un film « maudit » qui existe en plusieurs versions (123 minutes, 136 minutes, 152 minutes). Je ne l’ai vu qu’en version courte et en version restaurée de 136 minutes qui remplit quelques trous notables (c-à-d la très belle édition Sony de 2017). La version longue est introuvable pour ce que j’en sais. C’est un film aussi plein d’humour. Quand un des personnages dit à Charlton Heston « ne vous baladez pas dans les rues, vous n’avez pas du tout la tête d’un Mexicain »… Heston jouait un policier Mexicain dans La Soif du mal d’Orson Welles en 1958.

Évidemment, un amateur du cinéma de Sam Peckinpah ne peut pas passer à côté, ça reste un film important. Mais ce n’est clairement pas ce film-là que je conseillerai pour découvrir ce réalisateur. Qui fut l’un des plus scandaleux, mais aussi l’un des plus importants du XXe siècle.