12 hommes en colère – Sidney Lumet (1957)

12H

Un jeune homme, au passé violent, va être jugé pour le meurtre de son père. Il risque la peine de mort. Sa vie repose dans les mains d’un jury de douze new-yorkais. Au moment de délibérer, onze jurés votent coupable et un juré (Henry Fonda) vote non coupable. Il a un doute raisonnable et va s’évertuer, en reprenant le procès point par point, à faire douter chacun des onze autres.

12 hommes en colère est un film à thèse, très clairement contre la peine de mort. Au départ, c’était un téléfilm, puis il a été adapté en pièce de théâtre, puis en film par Sidney Lumet et ensuite remaké plusieurs fois, notamment par William Friedkin et Nikita Milkhalkov.

Le film de Lumet (en noir et blanc, au format 1,66 : 1) est un modèle d’économie. Douze hommes dans une pièce où ils crèvent de chaud, le ventilateur ne fonctionne pas. L’orage menace. Certains ont hâte d’en finir, d’autres veulent donner à la justice le temps nécessaire. Certains sont extrêmement rationnels, d’autres projettent leurs problèmes personnels dans les délibérations.

Classique indémodable, 12 hommes en colère en dit long sur l’indépendance de la justice et la démocratie (le juré numéro 8, Henry Fonda, est architecte – tout un symbole).

Incontournable.

The Strain – saison 1

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Un avion se pose sur JFK et s’arrête en bout de piste, lumières éteintes. Tous ses passagers (sauf quatre, en fort mauvais état de santé) sont morts dans d’étranges conditions, aucun n’a eu le temps d’utiliser son portable pour signaler un quelconque problème. La soute de l’avion contient une immense boîte sculptée qui n’apparaît pas sur le manifeste de vol.  Le Dr Goodweather (Corey Stoll), du CDC, se rend sur les lieux et va être témoin d’un début d’épidémie vampirique qui va plonger New York dans le chaos.

Je n’avais pas un bon souvenir du roman de Guillermo Del Toro (co?)-écrit avec Chuck Hogan (la scène d’ouverture était tellement ridicule et WTF, sans parle du « style » utilitaire porté à sa plus simple expression – beurk), par conséquent je ne m’étais pas penché sur la série qui en avait été tirée jusqu’à que Francis Geffard – immense éditeur chez Albin Michel – ne me la conseille chaudement (ce qui est un poil surprenant quant on connaît son travail d’éditeur).

The Strain se situe dans la droite lignée de Blade 2 du même Guillermo Del Toro : c’est de la série B totalement assumée avec un soin particulier, toutefois, pour les personnages qui sont extrêmement bien écrits. Abraham Setrakian (David Bradley) est un rescapé des camps de la mort qui a sculpté le cercueil du Maître. Ephraim Goodweather est un ponte du CDC, ancien alcoolique, père absent, mari séparé mais toujours amoureux de sa femme… ce qui ne l’empêche pas de sauter sa plus proche collaboratrice, Nora Martinez. Nora, elle, doit s’occuper de sa mère, souffrant de la maladie d’Alzheimer. Eldritch Palmer (gros clin d’œil à Philip K. Dick) est un homme d’affaires mourant en quête d’immortalité. Vasiliy Fet (Kevin Durand, excellent) est un exterminateur de rats qui va passer du rongeur urbain au prédateur immortel.

La série n’est pas dénuée de défauts : le Maître est (sur le plan esthétique) ridicule, voire clownesque. Il est tellement puissant qu’on a du mal à comprendre comment il n’a pas remporté la partie en 24 heures. Parfois, il hésite à arracher la tête de certains de ses antagonistes, préférant parler avec eux (c’est sans doute une variante de ce qu’on appelle communément « jouer avec la nourriture »). Tout ça n’est pas très sérieux, assez comics, et c’est précisément ce que j’aime bien, ça renvoie à une des mes séries chouchou : Supernatural. Donc c’est de la BD filmée (avec des erreurs scénaristiques de la taille de la statue de la liberté) et, en même temps, il y a des scènes de violence psychologique plutôt étouffantes, des scènes vraiment ambiguës, des scènes de pure tension.  Le treizième et dernier épisode de la saison 1 est, sur ce plan, très réussi.

Certains épisodes sont réalisés par Peter Weller ou John Dahl. Le premier est réalisé par Guillermo Del Toro himself.

Tout est foutu : je crois que je vais attaquer la saison 2 dans la foulée de la première.

Dragon dans la Bibliothèque de Philémont

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« On notera aussi le choix de l’auteur de déconstruire son récit, les chapitres s’enchaînant de façon non chronologique. A titre personnel je n’ai pas vu l’intérêt d’un tel choix ; il me semble même qu’une lecture bêtement chronologique ne changerait rien au fond du récit et à son caractère percutant. » 

(Mon commentaire :
Si une lecture chronologique ne change évidemment pas le « fond du récit », il me semble que certains « effets » ne peuvent se produire sur le lecteur que parce qu’il connait la finalité de telle ou telle scène, mais pas la façon dont les choses se sont réellement passées. Contrairement à ce qu’on pourrait penser cette déconstruction est aussi naturelle qu’artificielle, j’ai certes monté le texte final comme on monte un film, mais l’histoire m’est venue au départ dans le « désordre le plus total », par bribes, flashs, bouts de dialogue, images.)

 

Mørke, Jannik Johansen (2005)

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Jacob est écrivain (son livre n’avance pas très vite, ça me rappelle quelque chose). Il vit à Copenhague avec sa compagne Nina. Un jour, sa mère vient lui rendre visite avec sa sœur handicapée : Julie. A la suite d’une tentative de suicide ratée, Julie souffre de dommages cérébraux irréparables. Alors que la petite famille s’apprête à manger des sushis, un homme sonne à l’appartement pour présenter ses hommages. Il s’appelle Anker et s’apprête à épouser Julie.

Durant la nuit de noces, les cris d’Anker réveillent tous les invités. Jacob et d’autres le trouvent dans la salle de bain inondée, trempé de sang, tenant dans ses bras Julie, morte, les poignets sévèrement entaillés.

Alors que Jacob essaye de se remettre du suicide de sa sœur, il trouve dans un livre d’Anker, laissé chez Julie, un faire-part de décès, ancien, aux formulations et présentation identiques à celui qu’Anker avait commandé pour Julie.

Quoi qu’il en coûte (sa vie de couple avec Nina, sa santé mentale), Jacob va chercher la vérité et tenter de fouiller le passé d’Anker.

Mørke (« ténèbres » en danois ; mais aussi le nom de la petite ville où Anker s’est installé après le suicide de Julie) est Hitchcockien en diable (on pourra donc le ranger entre Kaosu d’Hideo Nakata et Stoker de Park Chan-Wook). Loin des habituels effets du cinéma à suspense, Jannik Johansen explore la lente descente aux enfers d’un homme qui ignore s’il devient fou ou s’il a vraiment trouvé quelque chose, une piste criminelle. Comme chez Hitchock, le spectateur à un coup d’avance sur Jacob.

L’eau, la noyade, le passage de la vie vers la mort à travers une surface liquide, sont des thèmes récurrents du film, aussi bien sur le plan esthétique que symbolique.

Assez long (2h04), mais d’une maîtrise totale, Mørke marque aussi par son refus du sensationnalisme et de la surenchère.

 

Harrow County – Cullen Bunn/Tyler Crook

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(Disclaimer : je collabore régulièrement avec la maison d’éditions Glénat en tant que scénariste, il est donc permis de penser que l’engouement suivant n’est pas « fair & honest »… pourtant, il l’est.)

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Je suis loin d’avoir exploré en profondeur tout le catalogue Glénat Comics, mais de ce que j’ai pu lire dans cette collection, la série Harrow County est de loin ma préférée.

Mike Mignola le dit mieux que moi :  » A la fois incroyablement séduisante et totalement dérangeante, cette série est une réussite. « 

You’re right Mike !

Quant à l’immense Jeff Lemire, il n’y va pas avec le dos de la cuillère :  » Troublant et profondément génial « . Ah ouais, quand même…

Harrow County est une série « southern gothic » rurale qui tourne autour d’un certain nombre de personnages : la sorcière Hester Beck (qui connaît une fin très raspoutinienne), la jeune Emma (connectée aux puissances anciennes de Harrow County), Bernice (une jeune afro-américaine de cette époque où le mot « nègre » devait être prononcé / entendu au moins dix fois par journée), un garçon sans peau et une peau sans garçon à l’intérieur, une « docteure serpent »…

Au jour d’aujourd’hui, trois hardcover français ont paru. J’attends le quatrième avec impatience.

1 – Spectres innommables (4 épisodes)

2- Bis repetita (4 épisodes)

3- Charmeuse de serpents (4 épisodes – je préférai le titre provisoire Docteur serpent, beaucoup plus gothique.)

Les deux premiers sont vraiment super (je ne vais pas spoilier les histoires qu’ils contiennent), j’ai été un peu désarçonné par le troisième, car Tyler Crook n’y illustre que deux épisodes sur quatre. Le premier, dessiné par Carla Speed McNeil, fait un peu mal aux yeux, dans le sens qu’on y sent l’hommage graphique appliqué, respectueux et sans doute pas assez distancié/digéré (on résumera ça par : c’est du sous-Tyler Crook – sorry Carla). L’épisode 4 est dessinée par Hannah Christenson qui s’éloigne très franchement du style de Tyler Crook, heureusement, mais « subit » un scénario extrêmement frontal, ramassé et peu subtil. Une fois encore, son dessin supporte mal la comparaison avec celui de Crook ; par ailleurs, 40 ou 50 pages n’auraient pas été de trop pour raconter cette histoire de maison hantée. Elle aurait sans doute beaucoup gagné à une montée en puissance plus graduelle, et elle se coupait exactement en son mitan, naturellement, au moment où Emma s’adresse directement au « garçon silencieux ».

Les bonus du troisième album (crayonnés, couvertures US, work in progress) sont renversants, très réussis.

Cette série horrifique évoque Poe, Bradbury, certains textes « américains » de Clive Barker (anglais), Shirley Jackson… Tous les épisodes dessinés par Tyler Crook sont un régal pour les yeux. Son trait « décalé » (par rapport au reste de la production actuelle), reconnaissable au premier coup d’œil, impressionne.