Resurrection, Andrew Semens (2022)


Margaret (Rebecca Hall, proprement hallucinante) a une vie ni simple ni particulièrement compliquée. Elle élève seule sa fille de 18 ans sur le point de partir à l’université. Elle est la maîtresse d’un homme marié, par ailleurs collègue de travail. Et même si elle surprotège sa fille, a priori, tout va à peu près bien. Un jour, elle aperçoit à une conférence David Moore (Tim Roth, comme vous ne l’avez jamais vu). David est le père de son premier enfant, Benjamin, et aucun homme ne l’a fait souffrir davantage dans sa vie. Se sentant menacée par la réapparition de cet ancien amant, Margaret s’adresse à la police qui ne peut rien pour elle. Alors, elle s’arme. Et, autour d’elle, tout le monde a l’impression qu’elle est en train de devenir folle.

Waouh ! Voilà un film qui sort de l’ordinaire. A la fois portrait d’une mère célibataire terrifiée, d’une ado normale et d’un pervers narcissique, mais aussi thriller tendu comme une corde de piano, qui sombre dans l’horreur totale. Les vingt dernières minutes sont tout simplement hallucinantes, au-delà du face à face intellectuel Margaret/David que le réalisateur met en scène avec une certaine sobriété, faisant totalement confiance à ses deux acteurs hors-pair.

On pense à La Jeune fille et la mort de Roman Polanski, à la confrontation Sigourney Weaver/Ben Kingsley. On pense à Antichrist de Lars Von Trier, mais surtout aux premiers films de David Cronenberg, à cette horreur organique, viscérale, mutée, parasite. Resurrection est sacrément convaincant, sa montée en puissance laisse pantois.

Âmes sensibles s’abstenir.

Emilia Pérez, Jacques Audiard (2024)


[3615 my life] Je suis en vacances dans le Périgord, je voulais faire de la randonnée et/ou du canoé sur la Dordogne, mais il pleut, matin, midi et soir (depuis le jour de mon arrivée). Alors je lis et je vais au cinéma… [/3615 my life]


Rita Moro Castro (Zoe Saldaña), jeune avocate célibataire dégoutée par un procès de féminicide transformé en « suicide », procès que son patron vient de gagner grâce à elle, accepte d’aider un narcotrafiquant à changer de sexe. Manitas del Monte n’est pas n’importe quel narcotrafiquant, c’est un chef, richissime, et il tue comme d’autres respirent. Rita relocalise la famille de Manitas en Suisse, le temps qu’il change de sexe puis, mission accomplie, s’installe à Londres. Là, pendant un dîner d’affaires, elle fait la rencontre de l’imposante Emilia Pérez. Le hasard n’existe pas.

Franchement une comédie musicale, ou plutôt une tragédie musicale, sur fond de narcotrafic et de changement de sexe, waouh, c’est tellement What The Fuck qu’a priori (en ce qui me concerne) ça ne vend pas trop de rêve, même si Jacques Audiard est à l’écriture et à la réalisation. A la première chanson (donc à la cinquième minute du film ou presque) des gens ont quitté la salle… C’est dire, l’expérience à laquelle le spectateur est convié. Moi j’étais déjà à fond dans le film et je suis resté bouché bée jusqu’à la fin… absolument magnifique. J’ai adoré ce film. Il est tellement audacieux, tellement fort, tellement incandescent.

Le casting féminin du film a reçu le prix d’interprétation à Cannes. Outre le fait que je ne serai jamais fan des prix collégiaux, je trouve pour ma part que la vraie performance vient de Zoe Saldaña, qui a une présence incroyable et qui habite totalement chacune de ses scènes. Selena Gomez et Edgar Ramírez sont méconnaissables.

C’est de loin le meilleur film que j’ai vu au cinéma cette année. Je n’ai pas pu m’empêcher de le rapprocher, pendant le visionnage, à Dancer in the dark de Lars Von Trier (2000) que j’aime beaucoup et que j’ai maintenant très envie de revoir.

Roar, Noel Marshall and friends (1981)


Hank (Noel Marshall) a créé une réserve en Afrique où il étudie les félins, y compris des tigres asiatiques. Alors qu’un lion perturbe l’équilibre de sa réserve, une commission d’enquête lui rend visite et deux de ses membres sont blessés. Hank, qui devait accueillir sa famille venue de Chicago, part trop tard pour l’aéroport. Quand les membres de sa famille arrivent dans la réserve, il n’est plus là pour les accueillir. Et les voilà confrontés à tous ces animaux qui se baladent en liberté.

Jamais de ma vie, je n’ai vu un film comme celui-là. Il est proprement hallucinant (très dérangeant aussi, pas forcément pour ce qu’on pense, car c’est clairement l’œuvre de gens biens intentionnés mais inconscients du côté imprévisible des grands félins). Au-delà des scènes surprenantes, toute une mythologie s’est créée, année après année, autour de ce long-métrage. Tippi Hedren, qui avait affronté Les Oiseaux d’Hitchcock en 1963, joue ici avec sa fille Melanie Griffith. Jerry Marshall et John Marshall, deux des trois fils de Noel Marshall, jouent le rôle des fils de Hank, leur père dans la vraie vie donc. Le directeur de la photographie Jan de Bont, dont c’était le premier film hollywoodien, scalpé par un lion, a eu besoin de 120 agrafes pour refermer sa blessure. Melanie Griffith a été blessé au visage, a eu 50 agrafes, de la chirurgie reconstructrice et a bien failli perdre un œil (elle avait d’abord décliné le rôle, par peur des grands fauves). John Marshall : 56 agrafes. Tippi Hedren saisie par un éléphant qui l’a fait ensuite valser : une jambe brisée (la scène est dans le film). Tippi Hedren, encore, mordue par un lion 38 agrafes. Etc. Etc.

On se demande comment ils sont allés au bout du tournage. Mais aussi, pourquoi…

Après la réalisation du film, Tippi Hedren et Noel Marshall ont divorcé.

Tippi Hedren a écrit (en collaboration avec Theodore Taylor) un livre sur l’histoire du tournage : The Cats of Shambala (non traduit, pour ce que j’en sais).

C’est vraiment à voir une fois dans sa vie.

JFK (director’s cut), Oliver Stone (1991)


« On ne saura jamais la vérité. Car elle est trop terrible, trop explosive ; c’est un secret d’État. Ils feront tout pour la cacher ; c’est un devoir d’État. Sinon, il n’y aurait plus d’États-Unis. » Propos du Président de Gaulle, rapportés par Alain Peyrefitte.

Découvrant que l’assassin présumé de John Fitzgerald Kennedy, Lee Harvey Oswald (Gary Oldman), a eu des activités politiques étranges à la Nouvelle Orléans peu avant le meurtre, ville dont il est le procureur élu, Jim Garrison (Kevin Costner) commence une enquête qui va lever le voile sur un vaste complot dans lequel sont impliqués la CIA, la police de Dallas, the Secret Service, la mafia, des réfugiés cubains et l’omnipotent complexe militaro-industriel. Voire même peut-être le nouveau président, Lyndon B. Johnson.

J’ai toujours été fasciné par le meurtre de John Fitzgerald Kennedy. Je ne suis pas un fan d’Histoire (contrairement à mon père), mais cette histoire-là est tout bonnement incroyable. J’ai des dizaines de bouquins sur l’affaire, certains très sérieux, d’autres nettement plus douteux. J’ai même écrit une nouvelle sur le sujet (avec des extraterrestres dedans, sinon c’est tout de suite moins rigolo).

Quand le film est sorti, je me suis rué au cinéma pour le voir et j’ai été totalement ébloui par le jeu des acteurs, la mise en scène énergique, le fond, la forme, le soin apporté aux détails. C’est un très grand film. Quand il est sorti en DVD, je l’ai tout de suite acquis (En zone 1, je ne me souviens plus pourquoi) et j’ai fait à l’époque pas mal de fact-checking, de recoupements, de recherches.

Maintenant que je le revois avec les yeux d’un quinquagénaire, je suis sans doute un peu moins impressionné, car Oliver Stone s’est un tantinet laissé emporter par son obsession pour la guerre du Viêt-nam. Mais le film reste exceptionnel, quasiment chaque acteur a son morceau de bravoure : Kevin Bacon, en prostitué prisonnier du pénitencier d’Angola, Joe Pesci dans son incroyable crise de paranoïa (fictive, il semblerait que ce soit un ajout pour le film, d’ailleurs la scène est étrangement scorsesienne, ceci explique peut-être cela), Tommy Lee Jones (premier interrogatoire du dimanche de Pâques) et évidemment Kevin Costner pour la plaidoirie finale.

Sans oublier le regretté Donald Sutherland.

J’ai acheté ce blu-ray director’s cut (3h17, quand même) dans un coffret (L’Atelier d’Images) qui contient : JFK, l’enquête (documentaire d’Oliver Stone), JFK, un destin trahi (série d’Oliver Stone, en quatre épisodes). Même si j’ai peur de faire une overdose, je suis assez impatient de voir ce qu’il y a « en plus ».


La scène la plus forte du film, quand le blanc devient noir et que le noir devient blanc.