Gunpowder Milkshake, Navot Papushado (2021)


Sam est tueuse ร  gages, elle travaille pour la Firme comme sa mรจre avant elle. Un jour, une mission part en sucette et la mission suivante, conรงue pour rรฉparer le dรฉrapage de la prรฉcรฉdente, foire encore plus fort, plus mal. Alors, Sam n’a pas d’autre choix : pour sauver sa peau et celle d’une gamine de huit ans qu’elle a transformรฉe en orpheline, il lui faut retourner ร  la Bibliothรจque.

(Parmi les nombreuses perversions sexuelles dont je souffre (ou jouis, c’est selon) je ne peux pas rรฉsister ร  un film avec Angela Bassett.)

Gunpowder Milshake c’est un film d’action sanglant pour de rire, un truc pop qui dรฉfrise et dรฉcoiffe. On retrouve parfois l’ambiance du premier John Wick avec cette Bibliothรจque qui joue un peu le mรชme rรดle scรฉnaristique que l’hรดtel Continental dans la bien dรฉcevante (au final) tรฉtralogie John Wick. Plus rรฉussi que le rรฉcent Bullet train, moins laborieux ร  mon avis, (mais totalement dans la mรชme veine), Gunpowder Milkshake prรฉsente son lot d’hรฉroรฏnes hypercools et sa horde de mรฉchants ridicules et/ou pathรฉtiques. Les scรจnes d’action envoient du bois (beaucoup de sapin, au final) et le scรฉnario un brin dรฉlirant รฉvoque une boisson pรฉtillante trรจs sucrรฉe mรฉlangรฉe avec un red bull rรฉduit au barbecue. Quant aux Bibliothรฉcaires (Angela Bassett, Michelle Yeoh et Carla Gugino), c’est un peu la revanche triomphante des cinquantenaires/soixantenaires sur Hollywood. On peut aussi apprรฉcier le sous-texte.

Moi j’adore.

Misanthrope, Damiรกn Szifron (2023)


Le soir du nouvel an, ร  Baltimore, un tireur abat 29 personnes avec un vieux fusil de sniper, sans rater un seul tir, puis fait exploser l’appartement oรน il se trouvait. Eleanore (Shailene Woodley), simple agent de police, se rue sur les lieux de l’explosion, commence ร  filmer les gens qui sortent de l’immeuble et ordonne ร  un autre policier de faire de mรชme. Puis, alors que les pompiers interviennent, elle monte sans masque les 17 รฉtages jusqu’ร  l’appartement d’oรน sont provenus les tirs. Arrivรฉe sur place, elle perd connaissance, avant d’รชtre prise en charge par les pompiers. Quand elle revient ร  elle, peu de temps aprรจs, toujours dans l’appartement dรฉvastรฉ, un agent du FBI est lร . D’un coup de tรชte, elle lui montre les toilettes et il comprend aussitรดt que le tueur les a peut-รชtre utilisรฉes. Quelque chose se passe alors entre le vieux agent du FBI au bord de la retraite (Ben Mendelsohn) et cette jeune femme, un peu chien fou, qui a beaucoup de choses ร  cacher ou du moins ร  oublier. Elle suppose tout naturellement qu’il veut la sauter, mais pour une fois elle est ร  cรดtรฉ de la plaque : il a vu en elle quelque chose qui va lui permettre d’attraper l’as du fusil ร  lunettes.

Pas exempt de dรฉfauts (il y a des failles scรฉnaristiques sur la fin, je ne spoile pas), Misanthrope (titre franรงais idiot de To catch a killer) propose par ailleurs quelque chose de vraiment convaincant : le portrait d’un tueur qui (contrairement ร  ce qu’on pourrait penser de prime abord) n’agit pas sans raisons. C’est la grande force du film, on remonte ร  contre-courant le parcours d’un homme jusqu’aux รฉvรฉnements qui, les uns aprรจs les autres, l’ont brisรฉ et forgรฉ. Une fois brisรฉ, rejetรฉ par tous ou presque, il n’a pas eu d’autre choix que de se mettre en marge de la sociรฉtรฉ. Le personnage d’Eleanore est quelque part son double policier : elle vit seule avec son chat, ne prend plus la peine de fermer la porte des toilettes quand elle y va, etc. Les mรฉcanismes du film rappellent Dragon rouge/Le Sixiรจme sens. D’ailleurs, davantage le film de Michael Mann que son remake de 2002. Tout comme Will Graham, Eleanore sait ร  quel point il est dangereux de rentrer dans la tรชte du tueur qu’on pourchasse. Il y a aussi un cรดtรฉ Les Dents de la mer, assumรฉ car citรฉ, le politique met des bรขtons dans les roues de l’enquรชte pour des raisons « politiques ».

Au final, un trรจs bon film ร  thรจse qui surprend ร  plusieurs reprises et ne va pas du tout dans la direction que laisse entrevoir sa spectaculaire et trรจs hollywoodienne scรจne d’ouverture. Comme beaucoup de films ร  thรจse, le scรฉnario se plie un peu aux entournures pour que le fond reste bien en vue, bien lisible. La fin aurait pu รชtre plus forte. Plus dramatique et moins amรฉricaine. Il est probable que si ce film avait รฉtรฉ tournรฉ dans un pays scandinave, mis en scรจne par un rรฉalisateur du cru, il aurait gagnรฉ en puissance psychologique ce qu’il aurait sans doute perdu en muscle amรฉricain. Shaleine Woodley livre une performance honnรชte, qui ne m’a pas mis ร  genoux (on est loin de Jodie Foster dans le sous-estimรฉ, et largement incompris en ce qui me concerne, A vif de Neil Jordan). Ben Mendelsohn qui a le rรดle ingrat du vieil agent de l’รฉtat fรฉdรฉral รฉcrasรฉ par la charge qu’on lui a mises sur les รฉpaules est lui extrรชmement fort, ร  la fois odieux, touchant, fragile, capable de se fier ร  son instinct, pour le meilleur comme pour le pire. Dommage que les producteurs n’aient pas compris que la partie « humaniste » de ce film รฉtait plus intรฉressante que sa composante spectaculaire.

Je note le nom du rรฉalisateur.

Fresh, Mimi Cave (2022)


Noa (Daisy Edgar-Jones) est une jeune femme cรฉlibataire. Elle utilise des applications de rencontre, sans grand succรจs. Puis raconte ses dรฉsastres amoureux ร  sa meilleure amie Mollie (Jojo T. Gibbs). Un jour, au supermarchรฉ, elle tombe sur un homme plutรดt drรดle qui la drague ouvertement (Sebastian Stan). Il lui demande son numรฉro de tรฉlรฉphone et elle accepte. Plus tard, ils se retrouvent dans un bar, puis dans un lit. Ils dรฉcident ensuite de faire une virรฉe ร  la campagne… qui ne va pas du tout mais alors pas du tout se passer comme prรฉvu, pour Noa.

L’affiche du film spoliant frontalement son sujet, je vous le livre ici sans grand souci. Steve fait commerce de viande humaine (environ 30 000 dollars le repas). Il ne prรฉlรจve sa matiรจre premiรจre que sur des jeunes femmes (et il s’en expliquera ensuite). Loin d’รชtre un psychopathe bas du front, Steve est une sorte de chirurgien esthรจte qui, par bien des aspects, รฉvoque Mads Mikkelsen dans le rรดle d’Hannibal Lecter.

Fresh est un film perturbant, ร  tel point que je me suis dit que รงa faisait bien longtemps que je n’avais pas vu un film me mettre vraiment mal ร  l’aise. Le jeu de chat et de souris auxquels se livrent les deux protagonistes (trรจs bien interprรฉtรฉs, l’un comme l’autre) autour de l’anthropophagie m’a rappelรฉ Portier de nuit de Liliana Cavani (film รฉprouvant s’il en est) et Le Dernier Tango ร  Paris de Bernado Bertolucci, dont les conditions de tournage (on le sait maintenant) ne font honneur ni ร  son rรฉalisateur ni ร  son acteur principal, Marlon Brando.

Bon, il y a fort ร  parier que Fresh ne restera pas dans l’histoire du cinรฉma comme un film majeur, mais il n’est pas inintรฉressant, loin de lร . Mimi Cave, dont c’est le premier long-mรฉtrage sauf erreur de ma part, dรฉcrit en creux un monde viscรฉralement hideux oรน l’argent est plus fort que tout. Elle nous montre suffisamment de choses de ce monde occulte pour qu’il nous semble aussi possible que terrifiant… sans en faire trop, ce qui aurait fragilisรฉ l’ensemble. Il y a beaucoup de non-dits, de choses qui reste dans l’ombre dans Fresh et รงa fait du bien de voir une rรฉalisatrice tenter รงa de nos jours.

Une rรฉalisatrice ร  suivre.


Photo de la rรฉalisatrice trouvรฉe sur son site mimicave.com

The Sacrament, Ti West (2013)



Un frรจre se rend avec une รฉquipe de tournage dans un pays รฉtranger (Amรฉrique du sud, Caraรฏbes ?) pour retrouver sa sล“ur qui fait partie d’une communautรฉ รฉvangรฉlique qui vit en autarcie. Dรจs le dรฉpart, les choses tournent mal : il y a des gardes armรฉs et la prรฉsence du journaliste et du camรฉraman semble beaucoup dรฉranger Father, le leader de la Paroisse de lโ€™ร‰den. Paradoxalement, les gens ont l’air heureux et plutรดt bien installรฉs, il y a mรชme une petite clinique.

Avant de voir ce film (que j’ai achetรฉ ร  cause de son rรฉalisateur) j’ignorais totalement qu’il « rejouait » de nos jours un fait divers de 1978 trรจs cรฉlรจbre, en intรฉgrant internet, les tรฉlรฉphones portables, etc. Si vous ne voulez pas รชtre spoliรฉs, n’allez pas plus loin que ce paragraphe. Le film n’est pas terrible et ne vaut que par le long face ร  face entre Father (Gene Jones) et le journaliste new-yorkais (A.J. Bowen) venu l’interviewer sans y รชtre invitรฉ. Il n’est pas tenu, c’est un found footage partiel/pataud qui trahit les rรจgles du genre chaque fois que รงa arrange le rรฉalisateur. On n’est pas pris dans le truc parce que justement le truc ne fonctionne pas sur le plan technique et donc ne crรฉe pas la sidรฉration qu’il voudrait crรฉer.

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